On rit, mais les dames hésitent à répondre à cette étrange question.

«Sans sang» dit un spectateur. Bosco met alors la tête du pigeon sur le billot et la tranche, en ayant soin de presser le cou pour l’empêcher de saigner.

«Vous voyez, mesdames, dit l’opérateur, que le pizoun, il ne saigne pas, per que vous l’avez ordonné.»

«Avec du sang?» demande un autre spectateur. Et Bosco de lâcher l’artère et de faire couler le sang sur une assiette qu’il fait examiner de près, pour qu’on constate bien que c’est du sang véritable.

La tête une fois coupée, est placée debout sur un des billots. Alors, Bosco, profitant d’un mouvement convulsif, reste d’existence qui fait ouvrir le bec du supplicié, lui adresse cette barbare plaisanterie: «Voyons, mossiou, faites le zentil, salouez l’aimable compagnie, encore oune fois. Bien! bien! vous êtes zentil.»

Le public écoute mais ne rit pas.

La même opération s’exécute sur un pigeon blanc sans la moindre variante. Après quoi, Bosco place le corps de ses deux victimes, chacun dans une large boîte à tiroir, en ayant soin de mettre la tête noire avec le pigeon blanc, et la tête blanche avec le pigeon noir. Il recommence au-dessus des boîtes la conjuration de spiriti miei infernali, obedite, et lorsqu’il les ouvre, on voit apparaître d’un côté un pigeon noir portant une tête blanche, de l’autre un pigeon blanc possesseur d’une tête noire. Chacun des suppliciés, au dire de Bosco, est ressuscité, et a repris la tête de son camarade.

—Eh bien! comment trouvez-vous cela, dit à Antonio son voisin, qui pendant toute l’opération n’avait cessé de battre des mains.

—Ma foi, répondit mon ami, puisque vous me demandez mon avis, je vous dirai que le tour n’est pas fort. Et tout au plus trouverais-je la plaisanterie passable, si la manière dont elle est exécutée n’était aussi cruelle.

—Monsieur a les nerfs bien délicats, dit le voisin. Est-ce que par hasard vous éprouvez de semblables émotions, lorsque vous voyez tuer un poulet et qu’on le met à la broche?