L’habileté dont il donnait tant de preuves avait fini par lui valoir une clientèle beaucoup trop nombreuse, car, ces travaux, il les faisait pour la plupart gratuitement et mû par le seul plaisir d’obliger.
Sa réputation lui attira même une petite mystification dont, au reste, il se tira en homme d’esprit.
Un jour, un domestique en livrée entre dans la boutique, et présentant à mon père un objet soigneusement enveloppé:
—Mme de B...., dit-il, vous fait ses compliments et vous prie de lui réparer cela.
—C’est bien, répondit mon père, absorbé en ce moment par la réparation d’une tabatière à musique, je m’en occuperai.
Son travail terminé, il déchire l’enveloppe, mais quelle n’est pas sa surprise?... il trouve un soufflet.
—«Un soufflet à réparer! à moi! à un horloger! à un bijoutier!» s’écria mon père indigné, et ne sachant s’il devait voir dans ce fait une mystification ou simplement un manque de tact:
—Un soufflet! répétait-il, me prend-on pour un Auvergnat?
Sa première pensée fut de rempaqueter ce nouvel et singulier article de bijouterie pour le renvoyer à son propriétaire; mais la réflexion lui inspira une vengeance plus digne et plus originale à la fois.
Il examine ce soufflet aristocratique qui valait bien deux francs, le répare consciencieusement, puis le fait porter à Mme de B.... avec cette facture inusitée dans l’art de l’horlogerie: