—Je comprends un peu tout ça, me dit-il du ton qu’eût pu prendre un confrère ami; c’est moi, voyez-vous, qui mets toujours de l’huile au cric du chantier, je l’ai même démonté deux fois. Ah! mais, c’est que, voyez-vous, si je m’occupais tant soit peu de mécanique, je suis sûr que je deviendrais très fort.

Voulant jusqu’à la fin faire les honneurs de cette séance à mes Augustes visiteurs, je mis l’intérieur de mon automate à découvert.

Mon collaborateur avait terminé son déjeûner; il s’approcha, prit son menton dans l’une de ses mains, tandis que de l’autre il se grattait la tête. Quoique ne comprenant rien naturellement à ce qu’il voyait, le maçon sembla suivre longtemps les nombreuses combinaisons de la machine, puis enfin, comme se laissant aller à l’impulsion de sa franchise:

—Si je ne craignais pas de vous contrarier, me dit-il d’un ton protecteur, je vous ferais bien encore une observation.

—Faites-la toujours, Monsieur Auguste, et soyez sûr que je l’apprécierai comme elle le mérite.

—Hé bien! moi, à votre place, j’aurais fait cette mécanique beaucoup plus simple; ça fait, voyez-vous, que ceux qui ne s’y connaissent pas pourraient la comprendre plus facilement.

Si j’eusse eu près de moi un ami, il est certain que j’aurais éclaté de rire; j’eus la force de tenir mon sérieux jusqu’au bout.

—C’est pourtant très vrai ce que vous dites-là, répondis-je d’un air de conviction, je n’y avais pas songé; mais, maintenant, soyez persuadé, Monsieur Auguste, que je vais profiter de votre juste observation, et que très prochainement j’ôterai la moitié des pièces de mon automate; il y en aura toujours bien assez.

—Oh! certainement, dit le maçon, croyant à la sincérité de mes paroles, certainement qu’il y en aura bien assez....

A ce moment on venait de sonner à la porte du jardin. M. Auguste, toujours exact dans ses fonctions, courut ouvrir, et sa femme m’ayant également quitté, je pus rire tout à mon aise.