N’est-il pas curieux de voir que cette pièce, qui fut visitée de tout Paris et qui me valut de nombreux éloges; que ce dessinateur, qui intéressa plus tard si vivement le roi Louis-Philippe et toute sa famille, ne reçut, à son début, que la stupide critique d’un portier! Tant il est vrai que l’on n’est pas plus prophète dans sa maison que dans son pays.

On comprend que je m’inquiétai peu et que je me blessai encore moins des observations de cet étrange censeur; ma levrette ne fut pas remplacée par un caniche, et mon mécanisme ne fut point modifié. Je dirai plus, c’est que, dans la suite, si j’avais eu un changement à faire, c’eût été au contraire pour ajouter des apparences de complication; voici pourquoi:

Le public (je ne parle pas du public éclairé), ne comprend généralement rien aux effets mécaniques à l’aide desquels on peut animer un automate; il éprouve du plaisir à les voir, et le plus souvent il n’en apprécie le mérite qu’en raison de la multiplicité des pièces qui le composent.

J’avais donné tous mes soins à rendre le mécanisme de mon écrivain aussi simple que possible; je m’étais surtout attaché, en surmontant des difficultés inouïes, à faire fonctionner cette pièce sans qu’on entendît le moindre bruit dans les rouages. En agissant ainsi, j’avais voulu imiter la nature, dont les instruments si compliqués fonctionnent cependant d’une façon tout à fait imperceptible.

Croira-t-on que cette perfection même, pour laquelle j’avais fait de si grands efforts, fut défavorable à mon automate?

Dans les premiers temps de son exhibition, j’entendis plusieurs fois des personnes qui n’en voyaient que l’extérieur; s’exprimer ainsi:

—Cet écrivain est charmant; mais le mécanisme en est peut-être très simple. Oh, mon Dieu! il faut souvent si peu de chose pour produire de grands effets!

L’idée me vint alors de rendre les rouages un peu moins parfaits et de leur faire produire en diminutif cette harmonie mécanique que font entendre les machines à filer le lin. Alors le bon public apprécia tout autrement mon ouvrage, et son admiration s’accrut en raison directe de l’intensité de ce tohu-bohu. On n’entendait plus que ces exclamations:—Comme c’est ingénieux! Quelle complication! et qu’il faut de talent pour organiser de semblables combinaisons!

Pour obtenir ce résultat, j’avais rendu mon automate moins parfait, et j’avais eu tort. Je faisais en cela comme certains acteurs qui, pour produire un plus grand effet, chargent leurs rôles. Ils font rire, mais ils s’écartent des règles de l’art et sont rarement placés parmi les bons artistes. Plus tard, je revins de ma susceptibilité, et ma machine fut remise dans son premier état.

Mon écrivain une fois terminé, j’aurais pu faire cesser l’emprisonnement volontaire auquel je m’étais condamné, mais il me restait à exécuter une autre pièce pour laquelle le séjour de la campagne m’était nécessaire. Bien que très compliqué lui-même, ce second automate, en raison de la différence de ses combinaisons, me reposait un peu de mon premier travail et m’offrait quelques distractions. C’était un rossignol que m’avait commandé un riche négociant de Saint-Pétersbourg. Je m’étais engagé à produire une imitation parfaite du chant et des allures de ce charmant musicien des bois.