Je m’installai sous un chêne, dans le voisinage duquel j’avais souvent entendu chanter certain rossignol, qui devait être de première force parmi les virtuoses de son espèce.
Je remontai le rouage de la machine et je la fis jouer au milieu du plus profond silence.
A peine les derniers sons cessèrent-ils de se faire entendre, que des différents points du bois partit à la fois un concert de gazouillements animés, que j’aurais été presque tenté de prendre pour une protestation en masse contre ma grossière imitation.
Cette leçon collective ne remplissait nullement mon but; je voulais comparer, étudier, et je ne distinguais absolument rien. Heureusement pour moi que tout à coup, et comme si tous ces musiciens se fussent donné le mot, ils s’arrêtèrent, et un seul d’entre eux continua; c’était sans doute le premier sujet, le Duprez de la troupe, peut-être le rossignol dont je parlais tout à l’heure. Ce ténor, quel qu’il fût, me donna une suite de sons et d’accents délicieux, que je suivis avec toute l’attention d’un élève studieux.
Je passai ainsi une partie de la nuit; mon professeur se montrait infatigable, et de mon côté je ne me lassais pas de l’entendre; enfin il fallut nous quitter, car, malgré le plaisir que j’éprouvais, le froid commençait à me gagner, et le besoin de repos se faisait sentir. Néanmoins, je sortis de là si bien pénétré de ce que j’avais à faire, que dès le lendemain j’apportai d’importantes corrections à ma machine. Au bout de cinq ou six autres visites au bois de Romainville, je finis par obtenir le résultat que j’avais poursuivi: j’avais imité le chant du rossignol.
Après dix-huit mois de séjour à Belleville, je rentrai enfin dans Paris, chez moi, près de ma femme, près de mes enfants; je me retrouvai au milieu de mes ouvriers, auxquels je n’eus que des félicitations à adresser.
En mon absence, mes affaires avaient prospéré, et de mon côté j’avais gagné, par l’exécution de mes deux automates, la somme énorme de sept mille francs.
Sept mille francs en faisant de la limaille, comme disait autrefois mon père! Hélas! cet excellent homme ne put jouir de ce commencement de mes succès; j’avais eu la douleur de le perdre quelque temps avant mes revers de fortune. Combien il se fût félicité de m’avoir laissé prendre un état selon ma vocation, et qu’il eût été fier du résultat que je venais d’obtenir, lui qui se plaisait tant aux inventions mécaniques!
CHAPITRE XII.
La fortune pour lui n’a jamais de caprices