Eh! mon Dieu, c’est encore bien simple.

On s’informe du marchand de cartes où ces maisons se fournissent. On lui fait d’abord quelques petits achats pour lier connaissance; on y retourne plusieurs fois pour le même motif; puis un beau jour, on se dit chargé par un ami d’acheter une douzaine de sixains ou plus ou moins selon l’importance du magasin.

Le lendemain, sous prétexte que les jeux ne sont pas de la couleur qui a été demandée, on les rapporte.

Les paquets sont encore cachetés, le marchand, plein de confiance, les échange contre d’autres.

Mais le grec a passé la nuit à décacheter les bandes et à les recacheter par un procédé connu en escamotage; les cartes ont toutes été marquées et remises en ordre; le marchand les a maintenant dans son magasin; le tour est fait; on les attend à domicile.

Toutes ces supercheries certes sont fort redoutables; eh bien! il y en a une bien plus redoutable encore, c’est la télégraphie imperceptible. On en jugera, lorsque je dirai que sans la moindre apparence de communication, le Grec peut parfaitement recevoir d’un compère, par des principes analogues à ceux de ma seconde vue, l’annonce du jeu de son adversaire.

J’aurais certainement beaucoup d’autres trucs à signaler, mais je m’arrête. Je crois en avoir assez dit sur les escrocs et leurs tricheries pour engager tout joueur à ne tenir les cartes que vis-à-vis de personnes dont la probité ne peut être mise en doute.

Maintenant, autant pour faire oublier les détails quelque peu compromettants que je viens de donner, que pour reposer mon esprit de descriptions qui, j’en suis certain, ont dû paraître beaucoup plus courtes au lecteur qu’à moi-même, je vais revenir à la prestidigitation proprement dite, en donnant une notice biographique sur un physicien-sorcier-magicien-prestidigitateur, dont le succès dans Paris fut, vers cette époque, des plus éclatants.

Philippe Talon, originaire d’Alais, près Nîmes, après avoir exercé la douce profession de confiseur à Paris, s’était vu forcé, par suite d’insuccès, de quitter la France.

Londres, ce pays de Cocagne, cet Eldorado en perspective, était à deux pas; notre industriel s’y rendit et ne tarda pas à fonder un nouvel établissement dans la capitale des Trois-Royaumes-Unis.