Le confiseur français avait bien des chances de réussite. Outre que les Anglais sont très friands de chatteries, on sait que la confiserie française a eu, de tout temps, chez les enfants d’Albion, une renommée qui ne peut être comparée qu’à celle dont a joui jadis en France le véritable cirage anglais.
Néanmoins, malgré ces avantages, il paraît que de nouvelles amertumes se glissèrent bientôt dans son commerce; les brouillards de la Tamise, d’autres disent des spéculations trop hasardeuses, vinrent fondre les fragiles marchandises du nouveau magasin et les mirent en déconfiture.
Talon plia bagage une seconde fois et quitta Londres pour aller à Aberdeen demander l’hospitalité aux montagnards écossais, auxquels en échange il proposa ses séduisantes sucreries.
Malheureusement, les Ecossais d’Aberdeen, fort différents des montagnards de la Dame Blanche, ne portent ni bas de soie ni souliers vernis, et font très peu d’usage des pâtes de jujube et des petits fours. Aussi le nouvel établissement n’eût pas tardé à subir le sort des deux autres, si le génie inventif de Talon n’avait trouvé une issue à cette position précaire.
Le confiseur pensa avec raison que pour vendre une marchandise, il est bon qu’elle soit connue, et que, pour qu’elle soit connue, il faut s’occuper de la faire connaître.
Fort de ce judicieux raisonnement, Talon sut bien forcer les Aberdeenois à manger ses bonbons, après toutefois les leur avoir fait payer.
A cette époque, il y avait à Aberdeen une troupe de comédiens qui se trouvaient dans la position des sucreries de Talon: ces artistes étaient incompris et peu goûtés.
En vain le directeur avait-il monté une pantomime à grand renfort de changements à vue et de transformations; le public était resté sourd à ses appels réitérés.
Un beau jour, Talon se présente chez l’impresario écossais:
«Monsieur, lui dit-il sans autre préambule, je viens vous faire une proposition qui, si elle est acceptée, remplira votre salle, j’en ai la conviction.