Ma séance devait avoir deux caractères bien distincts: l’adresse et la mécanique, représentées par des automates et de la prestidigitation. L’une devait aider au charme de l’autre en délassant l’esprit par une agréable variété.
Me rappelant les principes de Torrini, je rêvais une scène élégante et simple, dégagée de ces innombrables instruments en tôle vernie, dont l’assemblage nommé Pallas par les escamoteurs, ressemble plutôt à une boutique de bimbeloterie qu’à un cabinet de Physicien.
Plus de ces énormes couvercles en métal sous lesquels se mettent les objets que l’on veut faire disparaître et dont les secrètes fonctions ne peuvent échapper à l’imagination même la plus naïve. Des appareils en cristal opaque ou transparent, selon le besoin, devaient suffire pour toutes mes opérations.
Je voulais, dans l’exécution de mes tours, supprimer l’usage des boîtes à double fond, dont quelques escamoteurs avaient fait un si grand abus, ainsi que des instruments destinés à donner le change sur l’adresse de l’opérateur.
La véritable prestidigitation ne doit pas être l’œuvre d’un ferblantier, mais celle de l’artiste lui-même; on ne vient pas chez ce dernier dans le but de voir fonctionner des instruments.
On doit penser, d’après le blâme que j’ai porté sur les compères, que j’en supprimai complètement l’usage. J’ai toujours considéré cette tricherie comme peu digne d’un prestidigitateur, car elle fait douter de son adresse. D’ailleurs, j’avais plusieurs fois servi moi-même de compère, et je me rappelais l’impression défavorable que cet emploi m’avait laissé sur le talent de mon partenaire.
Des becs de gaz recouverts de globes dépolis devaient remplacer sur ma scène ces myriades de bougies ou de cierges, dont l’éclat n’a d’autre résultat que d’éblouir les spectateurs et de nuire ainsi à l’effet des expériences.
Parmi les réformes que je devais apporter sur la scène, la plus importante de toutes était la suppression de ces longs tapis de table tombant jusqu’à terre, sous lesquels on a toujours supposé, avec quelque raison, un auxiliaire pour les tours d’adresse. Ces immenses boîtes à compère devaient être remplacées par des consoles en bois doré, genre Louis XV.
Je m’abstenais, bien entendu, de tout costume excentrique.
Il n’est jamais entré dans mes idées de rien changer aux vêtement que le bon goût impose, et j’ai toujours pensé que les accoutrements bizarres, loin d’attirer aucune considération à celui qui les porte, jettent au contraire sur lui de la défaveur.