Je m’étais tracé aussi pour mes représentations une ligne de conduite dont je ne me suis du reste jamais écarté: c’était de ne faire ni calembourgs, ni jeux de mots, et encore moins de me permettre aucune mystification, dussé-je être sûr d’en obtenir le plus grand succès.
Je voulais, enfin, présenter des expériences nouvelles dégagées de tout charlatanisme, et sans autres ressources que celles que peuvent offrir l’adresse des mains et l’influence des illusions.
C’était, on le voit, une régénération complète des séances de prestidigitation.
Mais le public accepterait-il ces importantes réformes? se contenterait-il de cette élégante simplicité? Là était mon inquiétude.
Il est vrai que j’étais encouragé dans cette voie de réformes par Antonio, le confident habituel de mes plans et de mes pensées.
—Ne vous inquiétez pas du succès, me disait-il, n’avez-vous pas pour vous encourager des précédents qui attestent le bon goût du public et sa facilité à accepter les réformes basées sur la raison?
Rappelez-vous Talma, apparaissant tout-à-coup sur la scène du Théâtre-Français, revêtu de la simple toge antique, alors qu’on jouait les tragédies en habit de soie, en perruque à poudre et en talons rouges.
Je me rendais à ce raisonnement, sans reconnaître toutefois la justesse de la comparaison. En effet, Talma pouvait imposer son goût au public par l’autorité de son talent et de sa réputation; tandis que moi, qui n’avais encore aucun grade dans la hiérarchie des adeptes de la magie, je tremblais de voir mes innovations mal accueillies.
Nous étions au mois de décembre de l’année 1844. N’ayant plus rien qui pût désormais m’arrêter, je me décidai à frapper le grand coup, c’est-à-dire qu’un matin je sortis, bien déterminé à chercher enfin l’emplacement de mon théâtre.
Je passai la journée entière le nez au vent, tâchant de trouver un endroit qui réunît à la fois les convenances de quartier, les chances de recettes et beaucoup d’autres avantages. Je m’arrêtais de préférence aux plus beaux emplacements, devant les plus belles maisons, mais je ne rencontrais rien qui me satisfît complètement.