Au bout de recherches, j’en vins à rabattre singulièrement de mes prétentions et de mes exigences. Ici c’était un prix fabuleux pour un local qui ne me convenait qu’à moitié; là, des propriétaires qui ne voulaient pour aucun prix une salle de spectacle dans leurs maisons; enfin partout des obstacles et des impossibilités.
Je courus ainsi tout Paris, pendant quinze jours, passant alternativement des plus vastes aux plus modestes demeures, et je finis par me convaincre que le sort s’était décidément déclaré contre mes projets.
Antonio me tira d’affaire. Ce brave ami, qui avait bien voulu s’occuper de ces recherches, vint m’annoncer qu’il avait trouvé pour moi, dans le Palais-Royal, un appartement pouvant être facilement converti en salle de spectacle.
Je me rendis aussitôt au numéro 164 de la galerie de Valois, où je trouvai, en effet, réunies toutes les conditions que j’avais si longtemps cherchées ailleurs.
Le propriétaire de cette maison rêvait vainement, depuis longtemps aussi, un locataire bénévole qui, tout en lui payant un prix exorbitant pour son appartement, y entrât sans demander aucune réparation. Que l’on juge si je fus bien accueilli, lorsque j’accordai non-seulement le prix qui m’était demandé, mais que je passai en outre par toutes les exigences d’impositions, de portes et fenêtres, de concierge, etc. J’aurais donné bien plus encore, tant j’avais peur que cette maison si désirée ne vînt à m’échapper.
Le marché une fois conclu, je m’adressai à un architecte, qui ne tarda pas à me présenter le plan d’une charmante petite salle que j’adoptai immédiatement. Quelques jours après on se mit à l’œuvre; les cloisons furent abattues, le terrain fut débarrassé et les charpentiers commencèrent l’érection de mon théâtre. Il devait contenir de cent quatre-vingts à deux cents personnes.
Quoique petite, cette salle était tout ce qu’il fallait pour mon genre de spectacle. En supposant, d’après mon fameux calcul de supputations, qu’elle fût constamment pleine, son exploitation devenait pour moi une excellente affaire.
Antonio, toujours plein de zèle pour mes intérêts, rendait des visites assidues à mes ouvriers et stimulait leur activité.
Un jour, mon ami fut frappé d’une idée subite:
—Ah çà, me dit-il, avez-vous pensé à demander à la préfecture de police la permission de construire votre théâtre?