—Pas encore, répondis-je, avec tranquillité. On ne peut me la refuser, puisque cette construction ne change rien aux dispositions architecturales de la maison.

—C’est possible, ajouta Antonio, mais à votre place je ferais immédiatement cette démarche, afin de n’avoir pas plus tard quelque difficulté à redouter de ce côté.

Je suivis son conseil, et nous nous rendîmes ensemble au bureau de M. X..... qui avait alors la direction des affaires théâtrales.

Après une heure d’antichambre, nous fûmes introduits devant le chef de bureau. Celui-ci, absorbé en ce moment par une lecture intéressante, ne sembla pas même s’apercevoir de notre présence.

Au bout de dix minutes cependant, M. X.... posa lentement son livre, ouvrit et ferma quelques tiroirs, sonna le garçon de bureau, donna des ordres, releva ses lunettes, et nous fit signe qu’il était disposé à écouter une phrase que j’avais déjà commencée deux ou trois fois, sans pouvoir la finir.

Cet impertinent sans-façon me faisait bouillir le sang; pourtant, je dis aussi poliment que me le permettait le dépit: Je viens, Monsieur, vous demander l’autorisation d’ouvrir, dans un des bâtiments du Palais-Royal, une salle de spectacle destinée à des séances de prestidigitation et à l’exposition de pièces mécaniques.

—Monsieur, me répondit assez sèchement le chef de bureau, si c’est le Palais-Royal que vous avez choisi pour l’emplacement de votre salle, je puis vous annoncer que vous n’obtiendrez pas la permission.

—Pourquoi cela, Monsieur? demandai-je tout consterné.

—Parce qu’une décision ministérielle s’oppose à ce qu’aucun nouvel établissement se forme dans cette enceinte.

—Mais, Monsieur, pensez donc que rien ne me faisant connaître cette décision, j’ai loué un appartement pour un long bail et que mon théâtre est ce moment en voie de construction. C’est ma ruine que ce refus d’autorisation; voyons, que voulez-vous que je fasse maintenant?