—Ce n’est point mon affaire, répliqua dédaigneusement le bureaucrate, je ne suis pas entrepreneur de spectacle. Sur ce, M. X....., suivant la méthode employée par MM. les avocats et médecins pour annoncer qu’une consultation est terminée, se leva, nous reconduisit jusqu’à la porte et, tournant lui-même le bouton, nous indiqua clairement ce qui nous restait à faire.
Aussi désespérés l’un que l’autre, nous restâmes, Antonio et moi, plus d’une heure à la porte de la préfecture de police, nous creusant vainement la tête pour sortir de ce pas critique. Malgré nos raisonnements, nous arrivions toujours à cette conclusion désolante, que nous n’avions d’autre parti à prendre que d’arrêter les travaux de construction, et chose plus désolante encore, d’entrer en composition avec le propriétaire B.... pour la résiliation de mon bail.
C’était ma ruine, Antonio le comprenait comme moi et ne pouvait s’en consoler.
—Eh mais! fit-il tout-à-coup en se frappant le front.... une idée.... Dites-moi: à l’époque de l’exposition dernière, n’avez-vous pas vendu une pendule mystérieuse à un banquier, M. Benjamin Delessert?
—En effet, mais quel rapport peut-il y avoir entre....
—Comment, vous ne comprenez pas? M. Delessert est frère du préfet de police. Allez le voir, on le dit excellent; peut-être vous donnera-t-il un bon conseil et même mieux que cela. S’il voulait parler à son frère en votre faveur, nous serions sauvés, car M. Gabriel Delessert est tout puissant en affaire de théâtre.
J’adoptai avec transport le conseil d’Antonio et je le mis tout de suite à exécution.
M. Benjamin Delessert me reçut avec bonté, me complimenta sur ma pendule, dont il était très satisfait, et me fit visiter sa magnifique galerie de tableaux, où elle se trouvait placée.
Enhardi par ce bienveillant accueil, je lui fis part de l’embarras où je me trouvais.
—Allons, Monsieur Robert-Houdin, me dit-il, consolez-vous; nous pourrons peut-être arranger cette affaire. Précisément je donne une grande soirée mercredi prochain, et mon frère doit y assister. Faites-moi le plaisir d’y venir également; vous nous donnerez une petite séance de vos tours d’adresse, et lorsque M. le Préfet vous aura apprécié, je lui parlerai de votre affaire avec tout l’intérêt que je vous porte.