Mon inconnue ne consentit à s’asseoir qu’après s’être assurée que nous étions seuls, et que j’étais bien le véritable Robert-Houdin.
Je m’assis à mon tour, et prenant l’attitude d’un homme prêt à écouter, je me penchai un peu vers ma visiteuse, comme pour l’engager à parler, attendant qu’elle m’expliquât le but de sa mystérieuse visite. A mon grand étonnement, la jeune dame, dont les gestes trahissaient une vive émotion, gardait le plus profond silence. Je commençais à trouver cette visite assez étrange, et j’étais sur le point de provoquer à tout prix une explication, lorsque la belle inconnue hasarda timidement ces mots:
—Oh mon Dieu! Monsieur..... je ne sais comment vous allez interpréter..... ma démarche.
Ici elle s’arrêta, baissa les yeux d’un air très embarrassé, puis faisant un violent effort sur elle-même, elle continua:
—Ce que j’ai à vous demander, Monsieur, est très difficile à dire.
—Parlez, Madame, je vous prie, dis-je poliment, je tâcherai de deviner ce que vous ne pourrez me faire comprendre. Et j’étais à me demander ce que signifiait cette réserve.
Et d’abord, reprit la jeune femme d’une voix faible et en regardant encore autour d’elle, je vais vous dire confidentiellement.... que j’aime...... que j’étais aimée, et que je...... que je suis trahie.
A ce dernier mot, l’inconnue releva la tête, surmonta la timidité qui la retenait et, d’un ton ferme et assuré:
—Oui, Monsieur, oui, je suis trahie, ajouta-t-elle, et c’est pour cela que je suis venue vous voir.
—Mais, Madame, fis-je assez surpris de cet étrange aveu, je ne vois pas en quoi je puis vous être utile dans cette circonstance.