—C’est un instrument destiné à apprécier la finesse des étoffes et que l’on nomme compte-fil.

—Ah! sac...... fit énergiquement le spectateur; c’est merveilleux! J’aurais payé dix francs pour voir cela que je ne les regretterais pas.

Cette exclamation par trop colorée fut en quelque sorte la consécration du succès de cette expérience.

A partir de ce moment, ma salle se trouva beaucoup trop petite, et chaque soir, elle fut, comme on dit en Angleterre, crowded, c’est-à-dire quelque chose comme prête à s’écrouler sous le nombre des spectateurs.

Cette affluence, cette vogue dont j’étais si heureux, m’inspira pour la collection poétique réservée à mes éventails la petite pièce de vers suivante, que je ne présente ici qu’à cause de son à-propos.

De spectateurs nombreux l’aimable compagnie
Daignant me visiter ce soir,
M’inspire un noble orgueil, une joie infinie,
Car j’ai ma salle pleine et ma caisse garnie,
Deux choses bien douces à voir
Par leur séduisante harmonie;
Et ce double plaisir pouvant être goûté.
D’enchanteur que j’étais, je deviens enchanté.

Tout n’est pas rose dans le succès; je pourrais aisément raconter beaucoup de scènes désagréables que me valut la réputation de sorcier dont je jouissais chez quelques esprits plus ou moins égarés. Je n’en citerai qu’une seule, qui résume toutes celles que je passe sous silence.

Une jeune femme de tournure et de manières élégantes se présente un jour chez moi.

Cette dame avait la figure couverte d’un voile épais, à travers lequel cependant mes yeux exercés distinguaient parfaitement ses traits. Elle était jolie.