Le 12 février 1846, je fis imprimer au milieu de mon affiche, cette singulière annonce:
Dans cette séance, le fils de M. Robert-Houdin, doué d’une seconde vue merveilleuse, après que ses yeux auront été couverts d’un épais bandeau, désignera tous les objets qui lui seront présentés par les spectateurs.
Je ne saurais dire si ce jour-là l’attrait de cette annonce attira des spectateurs, car ma salle se trouva remplie. Ce que je puis déclarer et ce qui paraîtra extraordinaire, c’est que l’expérience de la seconde vue, qui eut une si grande vogue, ne produisit aucun effet à la première représentation.
J’ai tout lieu de croire que chaque spectateur se crut la dupe d’une mystification organisée par des compères.
Je fus désolé de ce résultat, car je m’étais fait une grande fête de la surprise que j’allais produire.
Néanmoins, n’ayant aucune raison pour douter du succès futur, je voulus tenter une seconde épreuve, et j’eus bien raison.
Le lendemain, je reconnus avec étonnement dans ma salle quelques-unes des personnes que j’y avais aperçues la veille. Je compris que ces spectateurs venaient une seconde fois pour s’assurer de la réalité de l’expérience. Il paraît qu’ils furent tous convaincus, car la réussite fut complète et me dédommagea amplement de la déception de la veille.
Je me rappelle surtout dans cette séance une marque d’approbation singulière, dont me gratifia un des spectateurs du parterre.
Mon fils lui avait nommé plusieurs objets qu’il avait successivement présentés. Sans se trouver satisfait, notre incrédule se levant comme pour donner plus d’importance à la difficulté qu’il allait offrir, me remit, pour être également nommé, un petit instrument spécial aux marchands de toile et dont ils se servent pour compter le nombre de fils des étoffes. Me rendant à ses désirs:
—Qu’est-ce que je tiens à la main, dis-je à l’enfant?