Il est bon de dire que, chauffé par un puissant calorifère, le cabinet de lecture se trouvait déjà à une température convenablement élevée. Tout-à-coup une chaleur insupportable se répand dans la salle, et l’on voit sur quelques fronts perler de grosses gouttes de sueur.

Le général qui, dans ce moment, tenait en main la Gazette des Tribunaux, et qui se complaisait sans doute dans quelque lugubre drame, fut un des derniers à s’apercevoir de cet excès de température. A la fin pourtant, il sentit la nécessité de quitter son bonnet de soie et de le mettre dans sa poche, tout en grommelant entre ses dents: «Mon Dieu, qu’il fait chaud ici!»

Le tour était fait.

Le lecteur a deviné que notre malin artiste est la cause de ce bain de vapeur qu’il a sollicité et obtenu de la buraliste, à laquelle il a confié le secret de son importante mission.

Ce résultat une fois obtenu, Dantan, sans perdre de temps, les yeux braqués pardessus la feuille que le général tenait à la main, fait à la hâte ses études phrénologiques sur le crâne vénérable du vieux guerrier, puis se levant de table, jette un dernier coup d’œil sur les traits de son modèle, les photographie en quelque sorte dans sa tête, et court à son atelier se mettre à l’œuvre.

A quelque temps de là, le statuaire livrait à la famille du général le buste le plus parfait peut-être qui soit jamais sorti de son ciseau.

Je ferme ici la parenthèse que j’ai ouverte à propos des petits malheurs suscités par la petitesse de mon théâtre; je vais maintenant en ouvrir une autre sur les petits bonheurs que me procurait mon succès.

Dans les premiers jours de novembre, je reçus une invitation de me rendre à Saint-Cloud, pour y donner une séance devant le roi Louis-Philippe et sa famille. Ce fut avec le plus grand plaisir que j’acceptai cette proposition. Je n’avais encore joué devant aucune tête couronnée, et cette séance devenait pour moi un événement important.

J’avais devant moi six jours pour faire mes préparatifs. J’y mis tous les soins imaginables, et j’organisai même un tour de circonstance, dont j’eus lieu d’espérer un excellent effet.

Au jour fixé pour ma séance, un fourgon attelé de chevaux de poste vint de très bonne heure prendre mes bagages et me conduisit au château. Un théâtre avait été dressé dans un vaste salon, désigné par le roi pour le lieu de la représentation.