Afin que je ne fusse pas dérangé dans mes préparatifs, on avait pris la précaution de placer un planton à l’une des portes du salon qui donnait sur un corridor de service. Je remarquai encore trois autres portes dans cette pièce: l’une, garnie de glaces sans tain, donnait sur le jardin, en face d’une avenue garnie de superbes orangers; les deux autres, à droite et à gauche, communiquaient aux appartements du Roi et à ceux de la duchesse d’Orléans.

J’étais occupé à disposer mes instruments, lorsque j’entendis s’ouvrir discrètement une des deux dernières portes dont je viens de parler, et tout aussitôt une voix me fit cette demande du ton de la plus grande affabilité:

—Monsieur Robert-Houdin, puis-je entrer sans indiscrétion?

Je tournai la tête de ce côté et je reconnus le Roi Louis-Philippe, qui, ne m’ayant fait cette demande que sous forme d’introduction, n’avait pas attendu ma réponse pour s’avancer vers moi.

Je m’inclinai respectueusement.

—Avez-vous bien tout ce qu’il vous faut pour votre organisation? me dit le Roi.

—Oui, Sire; l’intendant du château m’a fourni des ouvriers très habiles, qui ont promptement monté cette petite scène.

A ce moment déjà, mes tables, consoles et guéridons, ainsi que les divers instruments de ma séance, symétriquement rangés sur la scène, présentaient un aspect élégant.

—C’est très joli ceci, me dit le Roi, en s’approchant du théâtre et en jetant un regard furtif sur quelques-uns de mes appareils; c’est très joli. Je vois avec plaisir que, ce soir, l’artiste de 1846 justifiera la bonne opinion qu’avait fait concevoir de lui le mécanicien de 1844.

—Sire, répondis-je, aujourd’hui, comme il y a deux ans, je tâcherai de me rendre digne de la haute faveur que Votre Majesté daigne m’accorder, en assistant à l’une de mes représentations.