—On dit la seconde vue de votre fils bien surprenante, reprit le Roi; mais je vous avertis, Monsieur Robert-Houdin, de vous tenir en garde, car nous nous proposons de vous susciter de grandes difficultés.

—Sire, répondis-je avec assurance, j’ai tout lieu de croire que mon fils les surmontera.

—Je serais fâché qu’il en fût autrement, dit avec une teinte d’incrédulité le Roi qui s’éloignait. Monsieur Robert-Houdin, ajouta-t-il en fermant la porte par laquelle il était entré, je vous recommande l’exactitude.

A quatre heures précises, lorsque la famille Royale et les nombreux invités furent réunis, les rideaux qui me cachaient à tous les yeux s’ouvrirent, et je parus en scène.

Grâce à mes nombreuses séances, j’avais heureusement acquis une assurance imperturbable et une confiance en moi-même, que la réussite de mes expériences avait constamment justifiées.

Je commençai au milieu du plus profond silence. On voulut sans doute voir, apprécier, juger, avant d’accorder un suffrage. Mais insensiblement on devint plus communicatif; j’entendis quelques exclamations de surprise, qui furent bientôt suivies de démonstrations plus expressives encore.

Toutes mes expériences reçurent un très favorable accueil; celle que j’avais composée pour la circonstance acheva de me concilier tous les suffrages.

Je vais en donner l’explication.

J’empruntai à mes nobles spectateurs quelques mouchoirs, dont je fis un paquet que je déposai sur ma table. Puis, à ma demande, différentes personnes écrivirent sur des cartes les noms d’endroits où elles désiraient que les mouchoirs fussent invisiblement transportés.

Ceci terminé, je priai le Roi de prendre au hasard trois de ces cartes et de choisir ensuite, parmi les trois endroits qu’elles désignaient, celui qui lui conviendrait le mieux.