J’avais divisé mon expérience en trois points, dont les effets étaient successivement plus étonnants les uns que les autres.
Ainsi, lorsque j’ôtais le tabouret de dessous les pieds de l’enfant[14], le public, qui avait souri pendant les préparatifs de la suspension, commençait à devenir sérieux;
Quand ensuite j’ôtais l’une des cannes, on entendait des exclamations de surprise et de crainte;
Enfin, au moment où je soulevais mon fils à la position horizontale, les spectateurs, à ce dénouement inattendu, couronnaient l’expérience de bravos unanimes.
Cependant, il arrivait quelquefois que des personnes sensibles, prenant l’éthérisation trop au sérieux, protestaient intérieurement contre les applaudissements et m’écrivaient des lettres dans lesquelles elles tançaient vertement le père dénaturé, qui sacrifiait au plaisir du public la santé de son pauvre enfant. On alla même jusqu’à me menacer de solliciter contre moi la sévérité des lois, si je n’abandonnais pas mon inhumaine opération.
Les auteurs anonymes de ces récriminations ne se doutaient guère du plaisir qu’ils me faisaient éprouver. Après nous être égayés de ces lettres en famille, je les gardais précieusement comme des témoignages de l’illusion que j’avais produite.
La vogue que me procura cette séance ne pouvait surpasser celle de l’année précédente; je n’avais à espérer d’autre résultat que celui d’emplir ma salle, et cela avait lieu chaque jour.
La famille royale voulut aussi voir mes nouvelles expériences. On loua la salle entière pour une après-midi, en sorte que mes séances du soir ne furent pas interrompues.
Cette représentation, à laquelle assistait également la reine des Belges avec sa famille, ne me présenta du reste d’autre particularité que de voir dans ma petite salle l’imposant spectacle d’une aussi considérable réunion de hauts personnages. Toutes les places étaient occupées, car Leurs Majestés étaient accompagnées de leurs cours respectives et d’un grand nombre d’ambassadeurs et de dignitaires du royaume.
Comme j’avais lieu de l’espérer, mes nobles spectateurs furent satisfaits et daignèrent m’adresser de vive voix leurs compliments.