CHAPITRE XVI.

Nouvelles expériences.—La suspension éthéréenne, etc.—Séance à l’Odéon.—Un double accroc.—La protection d’un entrepreneur de succès.—1848.—Les théâtres aux abois.—Je quitte Paris pour Londres.—Le Directeur Mitchell.—La publicité anglaise.—Le grand Wizard.—Les moules à beurre servant à la réclame.—Affiches singulières.—Concours public pour le meilleur calembour.

Au lieu de faire la réouverture de mes séances au commencement de septembre, ainsi que je l’avais espéré, mes vacances forcées, que je pourrais mieux appeler mes travaux forcés, se prolongèrent un mois de plus. Ce fut seulement au premier octobre que je me trouvai en mesure de présenter mes nouvelles expériences.

Mes intérêts étaient grandement compromis par ce retard, mais j’espérais, avec quelque raison, me dédommager de mes pertes par l’empressement que mettrait le public à venir me visiter.

Mon nouveau répertoire se composait du Coffre de cristal, du Carton fantastique, du Voltigeur au trapèze, du Garde-Française, de la Naissance des fleurs, des Boules de cristal, de la Bouteille inépuisable, de la Suspension éthéréenne, etc., etc.

J’avais surtout donné tous mes soins à cette dernière expérience, sur laquelle je fondais de grandes espérances. La chirurgie m’en avait donné la première idée.

On se rappelle que vers 1847 on commença, en France, à appliquer aux opérations chirurgicales l’insensibilité produite par l’aspiration de l’éther; on ne parlait dans le monde que des merveilleux effets de cette anesthésie et de ses heureuses applications; c’était aux yeux de bien des gens une opération tenant presque de la magie.

Voyant que les chirurgiens se permettaient une sortie sur mon domaine, je me demandai si par ce fait ils ne me donnaient pas le droit d’user de représailles. Je le fis en inventant aussi mon opération éthéréenne, qui était, je crois, bien autrement surprenante que celle de mes confrères en chirurgie.

Le sujet sur lequel je devais opérer était le plus jeune de mes enfants, et je ne pouvais rencontrer une physionomie plus heureuse pour mon expérience. C’était un gros garçon de six ans, dont la figure fraîche et épanouie respirait la santé. Malgré son jeune âge, il mit la plus grande intelligence à apprendre son rôle, et il le joua avec une telle perfection, que les plus incrédules en furent dupes.

Ce tour était l’un des plus applaudis de ma séance. Il est vrai de dire que la mise en scène en était parfaitement combinée. Pour la première fois, j’avais essayé de diriger la surprise de mes spectateurs en la faisant croître comme par degrés, jusqu’au moment où elle devait en quelque sorte faire explosion.