—Tenez, Monsieur Robert-Houdin, me dit-elle avec une grâce infinie, voulez-vous accepter cette épingle en souvenir de votre visite à Saint-Cloud?

Je remerciai vivement Son Altesse, en l’assurant de ma reconnaissance.

La représentation était terminée; le rideau se baissa et je pus à mon tour jouir librement d’un curieux spectacle: c’était de voir par un petit trou mon auditoire rassemblé par groupes et se communiquant à l’envi ses impressions.

Avant de quitter le château, le Roi et la Reine me firent encore adresser les plus flatteuses paroles par la personne chargée de me remettre un souvenir de leur munificence.

Cette représentation ne put augmenter ma vogue; cela n’était plus possible, mais elle contribua puissamment à l’entretenir. Ma séance à Saint-Cloud eut surtout du retentissement dans l’aristocratie qui, jusqu’à ce moment, avait hésité à venir dans ma petite salle; la curiosité la fit passer par dessus quelques considérations, et elle vint à son tour s’assurer de la réalité des merveilles qui m’étaient attribuées.

Cependant les chaleurs de l’été commençaient à se faire sentir: nous étions aux premiers jours de juillet, je dus songer à fermer mon théâtre; seulement, au lieu d’aller courir fortune, comme l’année précédente, je m’occupai à changer et à renouveler ma séance. La tâche était grande, mais j’étais rempli d’une courageuse émulation, car je n’ignorais pas que mon succès m’imposait des obligations, et que pour le voir se continuer il me fallait constamment en être digne. Loin de me laisser décourager par ce dicton rétrograde: Nil novi sub sole, qu’Alfred de Musset a spirituellement paraphrasé ainsi:

La paresse nous bride et les sots vont disant
Que sous ce vieux soleil tout est fait à présent;

je m’inspirais de cette pensée du même auteur:

Croire tout découvert est une erreur profonde;
Je ferai du nouveau, n’en fût-il plus au monde.

Ce qu’il y avait de plus pénible dans mon travail de recherches, c’est qu’il fallait que mes inventions fussent terminées à heure et à jour nommés, car la reprise de mes représentations était fixée au premier septembre suivant, et, pour bien des raisons, je tenais à être exact.