Ses affiches n’accusent pas moins d’originalité. On m’en montra une, un jour, d’un format gigantesque, qui avait été faite à l’occasion de son retour à Londres après une longue absence. C’était une imitation en charge du fameux tableau le Retour de l’île d’Elbe de Napoléon.
Sur le premier plan, on voit Anderson affectant la pose du grand homme. Au-dessus de sa tête flotte un immense étendard portant ces mots: la merveille du monde; derrière lui, et un peu perdu dans la pénombre, se tiennent respectueusement l’empereur de Russie et plusieurs autres monarques. Ainsi que dans le tableau original, des admirateurs fanatiques du sorcier embrassent ses genoux, tandis qu’une foule immense le salue de ses acclamations. On aperçoit dans le lointain la statue équestre du général Wellington qui, le chapeau bas, s’incline devant lui, le grand Wizard. Enfin il n’est pas jusqu’à la tour de Saint-Paul qui ne se penche aussi très humblement.
Au bas est cette inscription: Retour du Napoléon de la Nécromancie.
Prise au sérieux, cette image eût été une réclame de très mauvais goût; comme charge, elle est excessivement comique. Du reste, elle obtint le double résultat de faire rire le public de Londres et de rapporter grand nombre de shillings à l’habile puffiste.
Lorsque Anderson est sur le point de quitter une ville, où il a épuisé toutes les ressources de la publicité et qu’il n’a plus rien à espérer, il sait le moyen de faire encore une énorme recette.
Il commande au meilleur orfèvre de la ville un vase d’argent de cinq ou six cents francs; il loue, pour un jour seulement, le plus grand théâtre ou la plus grande salle de l’endroit et fait annoncer que, dans une séance d’adieu que se propose de donner le grand Wizard, il sera établi, pendant l’entr’acte, un concours parmi les spectateurs, pour le meilleur calembour.
Le vase d’argent sera le prix du vainqueur.
On sait que le peuple anglais se livre très volontiers à l’exercice des jeux de mots.
Un jury est choisi parmi les personnes les plus notables de la ville pour juger, de concert avec le public, la valeur de chaque calembour.
On convient que lorsque le mot sera trouvé bon, on applaudira; qu’on ne dira rien pour le passable, et que l’on grognera pour le mauvais. (En Angleterre, on ne siffle pas pour désapprouver, on grogne).