—Ah! Monsieur, votre montre avance; ça, j’en suis sûr, car.....
Mon régisseur allait appuyer cette affirmation de quelque preuve tirée de son imagination, lorsque l’horloge de l’Hôtel-de-Ville sonna. Grenet se trouvant à bout de raisons, se contenta de garder le silence en jetant, toutefois, un coup-d’œil désespéré vers la porte.
Tout à coup je vois sa figure s’empourprer de plaisir.
—Ah! je l’avais bien dit, s’écrie-t-il en me montrant deux jeunes gens qui se dirigeaient de notre côté; voilà le public qui commence à arriver, on se sera sans doute trompé d’heure. Allons! chacun à son poste!
La joie de Grenet ne fut pas de longue durée; il reconnut bientôt dans ces visiteurs les deux jeunes gens qui avaient retenu leurs places dès la veille.
—On n’a pas envahi nos stalles, crièrent-ils à l’optimiste, en se hâtant d’entrer.
—Non, Messieurs, non; vous pouvez entrer, répondit Grenet en faisant une imperceptible grimace. Et il les conduisit complaisamment, en cherchant à leur donner un motif sur le vide de la salle qu’il prétendait momentané.
Il était à peine revenu au bureau qu’un monsieur d’un certain âge monte en toute hâte le péristyle du théâtre et se précipite vers le contrôle avec un empressement que mes succès des jours précédents pouvaient justifier.
—Pourrai-je avoir encore une place, dit-il d’une voix essoufflée?
A cette demande qui semble une raillerie, mon pauvre Grenet abasourdi ne sait plus que répondre; il se contente d’adresser à son interlocuteur une de ces phrases banales que l’on emploie souvent pour gagner du temps.