Le lendemain, à sept heures et demie du soir, je me rendis, selon mon habitude, à la porte du théâtre pour donner l’ordre de faire ouvrir les bureaux et de laisser entrer le public. La séance devait commencer à huit heures précises.

Je trouvai mon régisseur complétement seul. Pas une âme ne s’était encore présentée; cependant cela ne l’empêcha pas de m’aborder d’un air radieux; c’était du reste son air normal.

—Monsieur, me dit-il en se frottant les mains, comme s’il avait eu à m’annoncer une excellente nouvelle, il n’y a encore personne à la porte du théâtre, mais c’est bon signe.

—C’est bon signe, dites-vous? Ah ça! mon cher Grenet, comment me prouverez-vous cela?

—C’est très facile à comprendre; vous avez dû remarquer, Monsieur, qu’à nos dernières séances nous n’avions eu que l’aristocratie du pays.

—Rien ne me prouve qu’il en ait été ainsi, mais je vous l’accorde; après?

—Après? c’est tout simple. Le commerce n’est point encore venu nous visiter, et c’est aujourd’hui que je l’attends. Ces négociants sont toujours si occupés, qu’ils remettent souvent au dernier jour pour se procurer un plaisir. Patience, vous allez voir, dans un instant, l’assaut que nous aurons à soutenir!

Et il regardait vers la porte d’entrée, de l’air d’un homme convaincu que ses prévisions se réaliseraient.

Nous avions encore une demi-heure, c’était plus qu’il n’en fallait pour remplir la salle. J’attendis. Mais cette demi-heure se passa dans une vaine attente; personne ne se présenta au bureau.

—Voici huit heures, dis-je en tirant ma montre; nous n’avons pas encore de spectateurs: qu’en dites-vous, Grenet?