Il est un tour que j’eusse bien désiré faire, c’était celui de ma bouteille inépuisable, si appréciée des Parisiens et des ouvriers de Manchester. Je ne pouvais le faire figurer dans cette séance, car, on le sait, les sectateurs de Mahomet ne boivent aucune liqueur fermentée, du moins en public. Je le remplaçai avec assez d’avantage par le suivant.
Je pris une coupe en argent, de celles qu’on appelle bols de punch dans les cafés de Paris. J’en dévissai le pied, et, passant ma baguette au travers, je montrai que ce vase ne contenait rien; puis, ayant rajusté les deux parties, j’allai au milieu du parterre; et là, à mon commandement, le bol fut magiquement rempli de dragées qui furent trouvées excellentes.
Les bonbons épuisés, je renversai le vase et je proposai de l’emplir de très bon café, à l’aide d’une simple conjuration...... Et passant gravement par trois fois ma main sur le vase, une vapeur épaisse en sortit à l’instant et annonça la présence du précieux liquide. Le bol était plein de café bouillant; je le versai aussitôt dans des tasses et je l’offris à mes spectateurs ébahis.
Les premières tasses ne furent acceptées, pour ainsi dire, qu’à corps défendant. Aucun Arabe ne voulut d’abord tremper ses lèvres dans un breuvage qu’il croyait sorti de l’officine du Diable; mais, séduits insensiblement par le parfum de leur liqueur favorite, autant que poussés par les sollicitations des interprètes, quelques-uns des plus hardis se décidèrent à goûter le liquide magique, et bientôt tous suivirent leur exemple.
Le vase, rapidement vidé, fut non moins rapidement rempli à différentes reprises, et comme l’aurait fait ma bouteille inépuisable, il satisfit à toutes les demandes; on le remporta même encore plein.
Cependant il ne me suffisait pas d’amuser mes spectateurs, il fallait aussi, pour remplir le but de ma mission, les étonner, les impressionner, les effrayer même par l’apparence d’un pouvoir surnaturel.
Mes batteries étaient dressées en conséquence: j’avais gardé pour la fin de la séance trois trucs qui devaient achever d’établir ma réputation de sorcier.
Beaucoup de lecteurs se rappelleront avoir vu dans mes représentations un coffre petit, mais de solide construction, qui, remis entre les mains des spectateurs, devenait lourd ou léger à mon commandement. Un enfant pouvait le soulever sans peine, ou bien l’homme le plus robuste ne pouvait le bouger de place.
Revêtu de cette fable, ce tour faisait déjà beaucoup d’effet. J’en augmentai considérablement l’action en lui donnant une autre mise en scène.
Je m’avançai, mon coffre à la main, jusqu’au milieu d’un praticable qui communiquait de la scène au parterre. Là, m’adressant aux Arabes: