Ils ignoraient ce qui les attendait à la porte du théâtre. A peine avaient-ils descendu les degrés du péristyle qu’ils se trouvèrent face à face avec le Maure ressuscité.

Le premier mouvement d’effroi passé, on entoure notre homme, on le tâte, on l’interroge; mais, ennuyé de ces questions multipliées, il ne trouve rien de mieux que de se sauver à toutes jambes.

Le lendemain, la deuxième représentation eut lieu et produisit à peu de chose près les mêmes effets que la première.

Le coup était porté; dès lors les interprètes et tous ceux qui approchèrent les Arabes reçurent l’ordre de travailler à leur faire comprendre que mes prétendus miracles n’étaient que le résultat d’une adresse, inspirée et guidée par un art qu’on nomme prestidigitation, et auquel la sorcellerie est tout à fait étrangère.

Les Arabes se rendirent sans doute à ce raisonnement, car je n’eus par la suite qu’à me louer des relations amicales qui s’établirent entre eux et moi. Chaque fois qu’un chef me rencontrait, il ne manquait pas de venir au-devant de moi et de me serrer la main. Et, ainsi qu’on va le voir, ces hommes que j’avais tant effrayés, devenus mes amis, me donnèrent un précieux témoignage de leur estime, et je puis le dire aussi, de leur admiration, car c’est leur propre expression.

Trois jours s’étaient écoulés depuis ma dernière représentation, lorsque je reçus dans la matinée une missive du Gouverneur, qui me recommandait de me rendre à midi précis, heure militaire.

Je n’eus garde de manquer à ce rendez-vous formel, et le dernier coup de midi sonnait encore à l’horloge de la mosquée voisine, que je me faisais annoncer au Palais. Un officier d’état-major se présenta aussitôt.

—Venez avec moi, Monsieur Robert-Houdin, me dit-il avec un air quasi-mystérieux, je suis chargé de vous conduire.

Je suivis mon conducteur, et au bout d’une galerie que nous venions de traverser, la porte d’un magnifique salon s’étant ouverte, un étrange tableau s’offrit à mes regards. Une trentaine des plus importants chefs arabes étaient debout symétriquement rangés en cercle dans l’appartement, de sorte qu’en entrant je me trouvai naturellement au milieu d’eux.

Salam alikoum (que le salut soit sur toi)! firent-ils tous d’une voix grave et presque solennelle, en portant la main sur leur cœur, selon l’usage arabe.