—Pardonne-nous de te présenter si peu, mais convient-il d’offrir la nacre à celui qui possède la perle?
J’avoue bien franchement que de ma vie je n’éprouvai une aussi douce émotion; jamais aucun bravo, aucune marque d’approbation ne me porta si vivement au cœur. Emu plus que je ne puis le dire, je me retournai pour essuyer furtivement une larme d’attendrissement.
Ces détails et ceux qui vont suivre blessent bien un peu ma modestie, mais je n’ai pu me résigner à les passer sous silence; que le lecteur veuille bien ne les accepter que comme un simple tableau de mœurs.
Je déclare, du reste, qu’il ne m’est jamais entré dans l’esprit de me trouver digne d’éloges aussi vivement poétisés. Et pourtant je ne puis m’empêcher d’être aussi flatté que reconnaissant de cet hommage, et de le regarder comme le plus précieux souvenir de ma vie d’artiste.
Cette déclaration terminée, je vais donner la traduction de l’adresse, telle qu’elle a été faite par le calligraphe arabe lui-même:
«Hommage offert à Robert-Houdin par les chefs de tribus arabes, à la suite de ses séances données à Alger, les 28 et 29 octobre 1856.
GLOIRE A DIEU
qui enseigne ce que l’on ignore, qui rend sensibles les trésors de la pensée par les fleurs de l’éloquence et les signes de l’écriture.
»Le destin aux généreuses mains, du milieu des éclairs et du tonnerre, a fait tomber d’en haut, comme une pluie forte et bienfaisante, la merveille du moment et du siècle, celui qui cultive des arts surprenants et des sciences merveilleuses, le sid Robert-Houdin.
»Notre temps n’a vu personne qui lui soit comparable. L’éclat de son talent surpasse ce que les âges passés ont produit de plus brillant. Parce qu’il l’a possédé, son siècle est le plus illustre.