J’ai su depuis que, jaloux de la richesse de Bou-Allem, il avait préféré encourir une punition, plutôt que de rendre visite à son rival.

Cette fuite nous mit, Mme Robert-Houdin et moi, dans une grande inquiétude, que nous nous communiquâmes sans crainte d’être compris par nos guides.

Nous avions à redouter le mauvais exemple donné par Mohammed; les quatre Arabes ne pouvaient-ils pas imiter leur chef et nous abandonner à leur tour? Que deviendrions-nous dans un pays où, lors même que nous rencontrerions quelqu’un, nous ne pourrions parvenir à nous en faire comprendre?

Mais nous en fûmes quittes pour la peur; nos braves conducteurs nous restèrent fidèles et furent même très polis et très complaisants pendant toute la route. Du reste, ainsi que nous l’avait annoncé Mohammed, nous gagnâmes bientôt un chemin qui nous conduisit directement à la demeure de Bou-Allem.

Comparativement à la maison du caïd, celle du Bach-Agha pouvait passer pour une habitation princière, moins pourtant par l’aspect architectural des bâtiments que pour leur étendue. Comme dans toutes les maisons arabes, on n’y voyait extérieurement que des murs; toutes les fenêtres donnaient sur les cours ou sur les jardins.

Bou-Allem et son fils, Agha lui-même, avertis de notre arrivée, vinrent à notre rencontre et nous adressèrent en arabe des compliments que je ne compris pas, mais que je supposai être dans la formule des salamalecs usités chez eux en pareil cas, c’est-à-dire:

Soyez les bienvenus, ô les invités de Dieu!

Telle était du reste ma confiance, que quelques choses qu’ils nous eussent dites, je les aurais accueillies comme des politesses.

Nous descendîmes de cheval, et, sur l’invitation qui nous en fut faite, nous nous assîmes sur un banc de pierre où l’on ne tarda pas à nous servir le café. En Algérie, on fume et l’on prend du café toute la journée. Il est vrai que cette liqueur ne se fait pas aussi forte qu’en France, et que les tasses sont très petites.

Bou-Allem, qui avait allumé une pipe, me l’offrit. C’était un honneur qu’il me faisait, de fumer après lui; je n’eus garde de refuser, bien que j’eusse autant aimé qu’il en fût autrement.