Nous accueillîmes avec une grande satisfaction un poulet rôti que l’on nous servit après le ragoût; je me chargeai de le découper, autrement dit, de le dépecer avec mes doigts, et je le fis assez délicatement. Nous le trouvâmes tellement de notre goût qu’il n’en resta pas la moindre bribe.

Vinrent successivement d’autres mets, auxquels nous goûtâmes avec précaution, et dans le nombre, le fameux couscoussou, que je trouvai détestable. Enfin, des friandises terminèrent le repas.

Nous avions les mains dans un triste état. Un Arabe nous apporta à chacun une cuvette et du savon pour nous laver.

Bou-Allem, après avoir également terminé cette opération et s’être de plus lavé la barbe avec beaucoup de soin, fit mousser son eau de savon, en prit plein sa main et s’en rinça la bouche. C’est du reste la seule liqueur qui fut présentée sur la table[23].

Après le dîner, nous nous dirigeâmes vers un autre corps de logis, et, chemin faisant, nous fûmes rejoints par un Arabe que Bou-Allem avait envoyé chercher.

Cet homme avait été longtemps domestique à Alger; il parlait très-bien le français et devait nous servir d’interprète.

Nous entrâmes dans une petite pièce fort proprement décorée, dans laquelle il y avait deux divans.

Voici, nous dit notre hôte, la chambre réservée pour les étrangers de distinction; tu peux te coucher quand tu voudras, mais si tu n’es pas fatigué, je te demanderai la permission de te présenter quelques notables de ma tribu, qui, ayant entendu parler de toi, veulent te voir.

—Fais-les venir, dis-je, après avoir consulté Mme Robert-Houdin, nous les recevrons avec plaisir.

L’interprète sortit et ramena bientôt une douzaine de vieillards, parmi lesquels se trouvaient un Marabout et plusieurs talebs (savants).