—Ferme la main avec force, car la pièce va s’y rendre malgré toi.
—Je l’attends, dit l’Arabe d’un ton d’incrédulité, en avançant la main vigoureusement fermée.
Je pris la pièce au bout de mes doigts en la faisant bien remarquer par l’assemblée, puis feignant de l’envoyer vers le Marabout, je la fis disparaître en disant passe.
Mon homme ouvrit la main, et n’y trouvant rien, il se contenta de hausser les épaules, comme pour me dire: «Tu vois que je te l’avais dit.»
Je savais bien que la pièce n’y était pas. Mais il importait de détourner pour un instant l’attention du Marabout de sa ceinture, et c’est pour cela que j’avais fait cette feinte.
—Cela ne m’étonne pas, lui dis-je, car j’ai lancé la pièce avec tant de force qu’elle a traversé ta main et qu’elle est tombée dans ta ceinture. Craignant de casser ta montre par le choc, je l’ai fait venir à moi; la voici.» Et je la lui montrai au bout de mes doigts.
Le Marabout porta vivement la main à sa ceinture pour s’assurer de la vérité, et demeura stupéfait en n’y trouvant plus que la pièce de cinq francs annoncée.
Les assistants furent émerveillés; toutefois quelques-uns d’entre eux faisaient rouler les grains de leur chapelet avec une vivacité qui témoignait d’une certaine agitation de leur esprit; le Marabout fronçait le sourcil sans mot dire; je vis qu’il machinait quelque mauvais tour.
—Je crois maintenant à ton pouvoir surnaturel, me dit-il, tu es un véritable sorcier; aussi j’espère que tu ne craindras pas de répéter ici un tour que tu as fait sur ton théâtre. «Et me présentant deux pistolets qu’il tenait cachés sous son burnous: «Tiens, choisis une de ces armes, nous allons la charger, et je tirerai sur toi. Tu n’as rien à craindre puisque tu sais parer les coups.»
J’avoue que je fus un instant interdit. Je cherchais un subterfuge et je n’en trouvais pas. Tous les yeux étaient fixés sur moi, et l’on attendait une réponse.