Le Marabout était triomphant.
Bou-Allem qui savait que mes tours n’étaient que le résultat de l’adresse, se montra mécontent qu’on osât ainsi tourmenter son hôte; il en fit des reproches au Marabout.
Je l’arrêtai; il m’était venu une idée qui pouvait me sortir d’embarras, du moins pour le moment. M’adressant alors à mon adversaire:
—Tu n’ignores pas, lui dis-je avec assurance, que pour être invulnérable, j’ai besoin d’un talisman. Malheureusement je l’ai laissé à Alger.
Le Marabout se mit à rire d’un air d’incrédulité.
—Cependant, continuai-je, je puis, en restant six heures en prières, me passer de talisman et braver ton arme. Demain matin, à huit heures, je te permettrai de tirer sur moi en présence même des Arabes qui sont ici témoins de ton défi.
Bou-Allem étonné d’une telle promesse, s’assura encore près de moi si cette scène était sérieuse et s’il devait convoquer la société pour l’heure indiquée. Sur mon affirmation, on se donna rendez-vous devant le banc de pierre dont j’ai parlé.
Je ne passai pas la nuit en prières, comme on doit le croire, mais j’employai environ deux heures à assurer mon invulnérabilité; puis, satisfait de mon succès, je m’endormis de grand cœur, car j’étais horriblement fatigué.
A huit heures, le lendemain, nous avions déjà déjeûné, nos chevaux étaient sellés, notre escorte attendait le signal du départ qui devait avoir lieu après la fameuse expérience.
Non-seulement personne ne manqua au rendez-vous, mais un grand nombre d’Arabes vinrent encore grossir le groupe des assistants.