On présenta les pistolets. Je fis remarquer que la lumière n’était point bouchée. Le marabout mit une bonne charge de poudre dans le canon et bourra. Parmi les balles apportées, j’en fis choisir une que je mis ostensiblement dans le pistolet, et qui fut également couverte de papier.
L’arabe contrôlait tous mes mouvements; il y allait de son honneur.
On procéda pour le second pistolet comme pour le premier, puis vint enfin le moment solennel.
Solennel, en effet, pour tout le monde! Pour les assistants, incertains du résultat de l’expérience; pour Mme Robert-Houdin qui m’avait vainement supplié de renoncer à ce tour, dont elle redoutait l’exécution; et solennel aussi pour moi, car mon nouveau truc ne reposant sur aucun des procédés employés dans pareille circonstance, à Alger, je craignais une erreur, une trahison, que sais-je?
Toutefois j’allai me placer à quinze pas sans témoigner la moindre émotion.
Le marabout se saisit aussitôt de l’un des deux pistolets, et au signal que je donne, il dirige sur moi son arme avec une attention particulière.
Le coup part, et la balle paraît entre mes dents.
Irrité plus que jamais, mon rival veut se précipiter sur l’autre pistolet; plus leste que lui, je m’en empare.
—Tu n’as pu parvenir à me blesser, lui dis-je; tu vas juger maintenant si mes coups sont plus redoutables que les tiens. Regarde ce mur.
Je lâchai la détente, et, sur la muraille nouvellement blanchie, apparut une large tache de sang à l’endroit même où le coup avait porté.