Nous étions escortés d’une douzaine d’Arabes attachés au service du bureau, tous vêtus de manteaux rouges et munis de leurs fusils.
Des ordres avaient sans doute été donnés à l’avance, car une fois dans la plaine, au premier goum que nous traversâmes, une dizaine d’Arabes sortant de leurs gourbis montèrent à cheval et se joignirent à notre escorte. Un peu plus loin, un autre peloton d’hommes s’unit au premier, et notre groupe faisant boule de neige sur son passage finit par devenir assez considérable; le nombre des Arabes pouvait s’élever à deux cents environ.
Après deux heures de marche, nous laissâmes la grande route afin d’abréger le chemin, et nous entrâmes dans une immense plaine qui s’étendait au loin devant nous.
Tout-à-coup les Arabes qui nous accompagnaient, obéissant probablement à un signal de leur chef que je n’aperçus pas, partent au galop et nous devancent de cinq à six cents mètres. Là, la troupe se divise, se met sur quatre rangs, s’élançant ventre à terre, se dirigent de notre côté, en poussant des cris frénétiques, le fusil à l’épaule et prêts à faire feu.
Notre petite compagnie marchait de front, en ce moment.
Les Arabes fondent sur nous avec l’impétuosité d’une locomotive. Quelques secondes encore, et nos chevaux vont recevoir le choc de cette avalanche vivante; nul doute que nous ne soyons écrasés.
Mais une forte détonation se fait entendre. Tous les cavaliers, avec une admirable précision, ont fait feu d’un seul coup au-dessus de nos têtes; leurs chevaux se cabrent, pivotent sur leurs pieds de derrière, font volte-face, et repartant à fond de train, vont rejoindre la troupe.
On eût pu prendre alors l’Arabe pour un véritable Centaure, en le voyant, pendant cette course effrénée, charger son fusil, le faire tourner et sauter en l’air comme un tambour-major le ferait avec sa canne.
Le premier rang de cavaliers s’était à peine éloigné, que le second qui l’avait suivi d’une centaine de mètres, se présenta devant nous pour exécuter la même manœuvre. Cela se renouvela au moins une vingtaine de fois. On le voit, c’était une sorte de fantasia dont le capitaine nous avait ménagé la surprise.
Au bruit des coups de fusils, quelques-uns de nos chevaux s’étaient cabrés, mais le premier moment de surprise passé, ils s’étaient calmés, habitués qu’ils sont à ces sortes d’exercices. Celui de Mme Robert-Houdin était un animal d’une tranquillité à toute épreuve; aussi fut-il moins impressionné que sa maîtresse. Cependant chacun se plut à rendre à ma femme cette justice qu’après la première émotion passée, elle était devenue brave autant que le plus aguerri d’entre nous.