La fantasia terminée, chaque Arabe reprit sa place dans l’escorte et une heure après nous arrivâmes à la tribu des Beni-Menasser.

L’Agha Bed-Amara nous attendait. A notre approche, il s’était avancé vers nous et avait baisé respectueusement la main du capitaine, tandis que quelques hommes de sa tribu, pour fêter notre bienvenue, déchargeaient leurs fusils presque au nez de nos chevaux. Mais, hommes et bêtes étaient aguerris, et il n’y eut pas le plus petit mouvement dans nos rangs.

Ben-Amara nous fit entrer dans sa tente, où chacun s’assit à sa guise sur un large tapis.

Notre arrivée avait fait bruit dans la tribu. Pendant que nous fumions en prenant du café, un grand nombre d’Arabes, poussés par la curiosité, s’étaient rangés en cercle à quelques distance de de nous, et par leur immobilité ressemblaient à une haie de statues de bronze.

Nous passâmes environ une heure à nous livrer aux plaisirs de la conversation, en attendant la diffa (le repas), que nous désirions tous avec une vive impatience. Nous commencions même à trouver le temps bien long, lorsque nous vîmes dans le lointain s’approcher une sorte de procession, bannières en tête.

Ces bannières m’intriguaient et me semblaient tout étranges, car elles étaient repliées. Soudain, les rangs de nos paisibles spectateurs s’ouvrirent, et quel ne fut pas mon étonnement de voir que ce que je prenais pour des bannières, n’était autre chose que des moutons rôtis dans leur entier, et embrochés au bout de longues perches.

Deux de ces porte-moutons marchaient en avant. Ils étaient suivis d’une vingtaine d’hommes, rangés sur une même ligne, dont chacun portait un des plats qui devaient composer la diffa.

C’étaient des ragoûts et des rôtis de toutes sortes, le couscoussou, et enfin une douzaine de plats de dessert, ouvrage des femmes de Ben-Amara.

Ce dîner ambulant présentait un coup d’œil ravissant, pour des gens surtout dont le grand air et les émotions de la fantasia avaient singulièrement aiguisé l’appétit.

Le chef cuisinier marchait en tête, et, ainsi que l’officier de M. Malbroug, il ne portait rien; mais, dès qu’il fut près de nous, il se mit activement à l’œuvre: saisissant à bras-le-corps un des deux moutons, il le débrocha et le posa devant nous sur un énorme plat.