La porte une fois fermée, on ne peut plus sortir sans certaines formalités. Tout est rentré dans l’ordre primitif, et le nom propre a remplacé le mot d’invitation.

Cette fermeture présente, en outre, une sûreté pour les maîtres du logis: Si par erreur, par enfantillage ou par maladresse, un domestique tire le cordon, la porte ne s’ouvre pas; il faut pour cela que le marteau ait été soulevé et que l’avertissement de la cloche se soit fait entendre.

Le visiteur, en entrant, ne s’est pas douté qu’il a envoyé des avertissements à ses futurs hôtes. La porte, en s’ouvrant et en se fermant, a exécuté aux différents angles de son ouverture et de sa fermeture, une sonnerie d’un rythme particulier.

Cette musique bizarre et de courte durée peut indiquer, par l’observation, si l’on reçoit une ou plusieurs personnes, si c’est un habitué de la maison ou un visiteur nouveau, si c’est enfin quelque intrus qui, ne connaissant pas la porte de service, s’est fourvoyé par cette ouverture.

Ici j’ai besoin de donner des explications, car ces effets qui semblent sortir des lois ordinaires de la mécanique, pourraient peut-être trouver quelques incrédules parmi mes lecteurs, si je ne prouvais ce que j’avance:

Mes procédés de reconnaissance à distance sont de la plus grande simplicité et reposent uniquement sur certaines observations d’acoustique qui ne m’ont jamais fait défaut.

Nous venons de dire que la porte en s’ouvrant envoyait, à deux angles différents de son ouverture, deux sonneries bien différentes, lesquelles sonneries se répétaient aux mêmes angles par la fermeture. Ces quatre petits carillons, bien que produits par des mouvements différents, arrivent au Prieuré espacés par des silences de durée égale.

Avec une aussi simple disposition on peut, ainsi qu’on va le voir, recevoir, à l’insu des visiteurs, des avertissements bien différents:

Un seul visiteur se présente-t-il; il sonne, on ouvre, il entre en poussant la porte qui se referme aussitôt. C’est ce que j’appelle l’ouverture normale: les quatre coups se sont suivis à distances égales: drin.... drin.... drin.... drin.... On a jugé au Prieuré qu’il n’est entré qu’une seule personne.

Supposons maintenant qu’il nous vienne plusieurs visiteurs: La porte s’est ouverte d’après les formalités ci-dessus indiquées. Le premier visiteur entre en poussant la porte, et selon les règles prescrites par la politesse la plus élémentaire, il la tient ouverte jusqu’à ce que chacun soit passé; puis la porte se referme lorsqu’elle est abandonnée. Or l’intervalle entre les deux premiers et les deux derniers coups a été proportionnel à la quantité des personnes qui sont entrées; le carillon s’est fait entendre ainsi: