drin.... drin........ drin.... drin,
et pour une oreille exercée l’appréciation du nombre est des plus faciles.
L’habitué de la maison, lui, se reconnaît aisément: il frappe et sachant ce qui doit se produire devant lui, il ne s’arrête pas, comme l’on dit, aux bagatelles de la porte; on ne lui a pas plus tôt ouvert que les quatre coups équi-distants se font entendre et annoncent son introduction.
Il n’en est pas de même pour un visiteur nouveau: celui-ci frappe, et lorsque paraît le mot entrez, sa surprise l’arrête; ce n’est qu’au bout de quelque temps qu’il se décide à pousser la porte. Dans cette action, il observe tout; sa démarche est lente et les quatre coups sont comme sa démarche drin.... drin.... drin.... drin.... On se prépare au Prieuré pour recevoir ce nouveau visiteur.
Le mendiant voyageur qui se présente à cette porte parce qu’il ne connaît pas la porte de service, soulève timidement le marteau, et au lieu de voir, selon l’usage, quelqu’un venir pour lui ouvrir, il est témoin d’un procédé d’ouverture auquel il est loin de s’attendre; il craint une indiscrétion; il hésite à entrer, et s’il le fait, ce n’est qu’après quelques instants d’attente et d’incertitude. On doit croire qu’il n’ouvre pas brusquement la porte. En entendant le carillon, ...d....r....i....n.... d...r...i...n... d...r...i...n... d...r...i...n... il semble aux gens de la maison qu’ils voient entrer ce pauvre diable. On va à sa rencontre avec certitude. On ne s’est jamais trompé.
Supposons maintenant qu’on vienne en voiture pour me visiter: les grilles d’entrée sont ordinairement fermées, mais les cochers du pays savent tous par expérience ou par ouï dire comment on les ouvre. L’automédon descend de son siége; il se fait d’abord ouvrir la petite porte; il entre. Ah! par exemple, en voilà un dont le carillon est distinctif. Drin. drin. drin. drin. On comprend au Prieuré que le cocher qui entre avec une telle précipitation veut faire preuve vis-à-vis de ses maîtres ou de ses bourgeois de son zèle et de son intelligence.
Notre homme trouve appendue à l’intérieur la clef de la grille qu’une inscription lui désigne; il n’a plus qu’à ouvrir la porte à deux battants. Ce double mouvement s’entend et se voit, même dans la maison. A cet effet est placé dans le vestibule un tableau sur lequel sont peints ces mots: LES PORTES DES GRILLES SONT....
A la suite de cette inscription incomplète viennent se présenter successivement les mots OUVERTES ou FERMÉES, selon que les grilles sont dans l’un ou l’autre de ces deux états; et cette transposition alternative vient prouver matériellement la justesse de cet axiôme: Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.
Avec un tel tableau, je puis, chaque soir, vérifier à distance la fermeture des portes de la maison.
Passons maintenant au service de la boîte aux lettres. Rien n’est plus simple encore: J’ai dit plus haut que la boîte aux lettres était fermée par une petite porte à bascule. Cette porte est disposée de telle sorte que lorsqu’elle s’ouvre, elle met en mouvement au Prieuré une sonnerie électrique. Or le facteur a reçu l’ordre de mettre d’abord d’un seul coup dans la boîte tous les journaux et d’y joindre les circulaires pour ne pas produire de fausses émotions; après quoi, il introduit les lettres, l’une après l’autre. On est donc averti à la maison de la remise de chacun de ces objets, de sorte que si l’on n’est pas matinal, on peut, de son lit, compter les diverses parties de son courrier.