Pour éviter d’envoyer porter les lettres à la poste du village, on fait la correspondance le soir; puis, en tournant un index nommé commutateur, on transpose les avertissements, c’est-à-dire que le lendemain matin le facteur, en mettant son message dans la boîte, au lieu d’envoyer le carillon à la maison, entend près de lui une sonnerie qui l’avertit d’y venir prendre les lettres; il se sonne ainsi lui-même.

Ces organisations si agréablement utiles présentent cependant un inconvénient que je vais signaler, ce qui m’amènera à raconter incidemment au lecteur une petite anecdote assez plaisante sur ce sujet:

Les habitants de Saint-Gervais ont une qualité que je me plais à leur reconnaître: ils sont très-discrets. Il n’est jamais venu à l’idée d’aucun d’entre eux de toucher au marteau de ma porte d’entrée autrement que par nécessité.

Mais certains promeneurs de la ville y mettent moins de réserve et se permettent quelquefois de s’escrimer sur les accessoires électriques, pour en voir les effets.

Bien que très rares, ces indiscrétions ne laissent pas que d’être désagréables.

Tel est l’inconvénient dont je viens de parler et voici l’anecdote à laquelle elle a donné lieu.

Un jour, Jean, le jardinier de la maison, travaillait près de la porte d’entrée; il entend quelque bruit de ce côté et voit bientôt un flâneur de notre cité blésoise qui, après avoir fait manœuvrer le marteau, s’amusait à ouvrir et à fermer la porte, sans s’inquiéter du trouble qu’il portait dans la maison.

Sur une remontrance que lui fait l’homme de service, l’importun se contente de dire pour sa justification:

—Ah! oui, je sais; ça sonne là bas. Pardon! je voulais voir comment ça fonctionnait.

—S’il en est ainsi, monsieur, c’est bien différent, reprend le jardinier d’un ton de bonhomie affectée, je comprends votre désir de vous instruire et je vous demande pardon, à mon tour, de vous avoir dérangé dans vos observations.