Sur ce, sans paraître remarquer l’embarras de son interlocuteur, Jean retourne à son ouvrage en continuant de jouer l’indifférence la plus complète. Mais Jean est un malin dans la double acception du mot, il ne se trouve pas suffisamment satisfait, et s’il refoule au fond de son cœur son reste de mécontentement, c’est pour avoir une plus grande liberté d’esprit dans un projet de représailles qu’il vient de concevoir et qu’il se propose de mettre, le jour même, à exécution.

Vers minuit, il se rend à la demeure du personnage; il se pend à sa sonnette et carillonne de toute la force de ses poignets.

Une fenêtre s’entrouvre au premier étage; puis, par son entrebâillement, paraît une tête coiffée de nuit et empourprée par la colère.

Jean s’est muni d’une lanterne; il en dirige les rayons vers sa victime.

—Bonsoir, monsieur, lui dit-il d’un ton ironiquement poli, comment vous portez-vous?

—Que diable avez-vous à sonner ainsi, à pareille heure? répond une voix courroucée.

—Oh! pardon, monsieur, reprend Jean en paraphrasant certaine réponse de son interlocuteur; oui, je sais, ça sonne là-haut; mais je voulais voir si votre sonnette fonctionnait aussi bien que le marteau du Prieuré. Bonsoir, monsieur?

Il était temps que Jean s’éloignât; le monsieur était allé chercher, pour la lui jeter sur la tête.... une vengeance de nuit.

Pour conjurer cette petite misère, je plaçai sur ma porte un avis engageant chacun à ne pas toucher au marteau sans nécessité. Avis inutile! Il y avait toujours une nécessité pour frapper, c’était celle de satisfaire une ou plusieurs curiosités.

Ne pouvant échapper à ces persistantes indiscrétions, je pris le parti de ne plus m’en taquiner et de les regarder au contraire comme un succès que m’attiraient mes procédés électriques.