Je n’eus qu’à me féliciter, plus tard, de ma conciliante détermination: car, soit que la curiosité locale se fût émoussée, soit toute autre cause, les importunités cessèrent d’elles-mêmes et maintenant il est fort rare que le marteau soit soulevé dans un autre but que celui de pénétrer dans ma demeure.
Mon concierge électrique ne me laisse donc plus rien à désirer. Son service est des plus exacts; sa fidélité est à toute épreuve; sa discrétion est sans égale; quant à ses appointements, je doute qu’il soit possible de moins donner pour un employé aussi parfait.
Voici maintenant certains détails sur un procédé à l’aide duquel je parviens à assurer à mon cheval l’exactitude de ses repas et l’intégrité de ses rations.
Il est bon de dire que ce cheval est une jument, bonne et douce fille quasi majeure, qui répondrait au nom de Fanchette, si la parole ne lui faisait défaut.
Fanchette est affectueuse et même caressante; nous la regardons presque comme une amie de la maison, et c’est à ce titre que nous lui prodiguons toutes les douceurs qu’il lui est donné de goûter dans sa condition chevaline.
Ce petit préambule fera comprendre ma sollicitude à l’endroit des repas de notre chère bête.
Fanchette a une personne affectée à son service de bouche; c’est un garçon fort honnête qui, en raison même de sa probité, ne se formalise aucunement de mes procédés... électriques.
Mais avant ce serviteur, j’en avais un autre. C’était un homme actif, intelligent, et qui s’était passionné pour l’art cultivé, jadis, par son patron. Il ne connaissait qu’un seul tour, mais il l’exécutait avec une rare habileté. Ce tour consistait à changer mon avoine en pièces de cinq francs.
Fanchette goûtait peu ce genre de spectacle, et, faute de pouvoir se plaindre, elle se contentait de protester par des défaillances accusatrices.
Cet escamotage étant bien constaté, je donnai le compte à mon artiste, et me décidai à distribuer moi-même à Fanchette son picotin réconfortant.