—J’y consens, mais, en vérité, ce médicament devient du superflu, car j’éprouve maintenant un bien-être indéfinissable qui me fait présager que, bientôt revenu à la santé, il ne me restera plus qu’à vous remercier de vos bons soins, vous et votre maître, et à m’acquitter envers lui des dépenses occasionnées par ma maladie.

—Per Diou! que dites-vous là, s’écria Antonio, penseriez-vous à nous quitter? Oh! j’espère bien que non.

—Vous avez raison, Antonio, je n’y pense pas aujourd’hui, mais j’y penserai dès que je serai en état de le faire. Vous devez comprendre, mon ami, que malgré tout le chagrin que me causera notre séparation, il faudra bien en arriver là. J’ai hâte de retourner à Blois pour rassurer ma famille, qui doit être dans une mortelle inquiétude.

—Votre famille ne saurait être inquiète, puisque, pour tranquilliser votre père, vous lui avez écrit que votre indisposition n’ayant pas eu de suites, vous vous étiez dirigé vers Angers pour y chercher du travail.

—C’est vrai, mais...

—Mais, mais, interrompit Antonio, vous n’aurez aucune bonne raison à me donner; je vous répète que vous ne pouvez pas nous quitter. D’ailleurs, ajouta-t-il en baissant la voix, si je vous disais quelque chose, je suis sûr que vous seriez de mon avis.

Antonio s’arrêta, parut lutter un instant contre le désir qu’il qu’il avait de me faire une confidence, puis se décidant enfin: «Ah bast! fit-il résolument, puisque c’est nécessaire, je n’hésite plus.

—Vous parliez tout à l’heure de vous acquitter envers mon maître, sachez donc que c’est plutôt lui qui se trouverait votre obligé.

—Je ne vous comprends pas.

—Eh bien, écoutez-moi, mon cher ami, dit Antonio d’un air mystérieux, je vais m’expliquer. Vous n’ignorez pas que notre pauvre Torrini est affecté d’une maladie très grave qui lui tient là (Antonio posa le doigt sur son front). Or, depuis que vous êtes avec nous, depuis que, dans une douce illusion de sa folie, il croit trouver en vous une ressemblance avec son fils, mon maître, grâce à cette bienfaisance hallucination, perd tous les jours de sa tristesse et se livre même par moments à quelques courts accès de gaîté. Hier, par exemple, pendant sa séance, vous l’ayez vu deux ou trois fois égayer son public, ce qui ne lui était pas, arrivé depuis longtemps.