J’y courus aussitôt.

Mon malheureux ami, le visage couvert d’une pâleur mortelle, gisait étendu sur son lit.

Surmontant ma douleur, je m’approchai pour le secourir.

Zilberman m’arrêta, me fit signe de m’asseoir, congédia les personnes qui l’entouraient et, après s’être assuré que nous étions seuls, il me pria de l’écouter.

Sa voix, affaiblie par d’horribles souffrances, arrivait à peine à mon oreille; je fus obligé de me pencher vers lui.

—Mon cher Edmond, me dit-il, un homme m’a traité d’escroc... je l’ai provoqué en duel..., nous nous sommes battus au pistolet, et j’ai reçu sa balle en pleine poitrine.

Et comme j’insistais près de Zilberman pour lui donner des soins.

—C’est inutile, mon ami; je sens que je suis frappé à mort; il me reste à peine le temps de vous faire une confidence pour laquelle je réclame toute votre indulgente amitié.... Sachez, ajouta-t-il en me tendant une main déjà glacée, que je n’ai point été injustement insulté... J’ai la honte de vous avouer que, depuis longtemps, je vis au dépens des dupes que je fais.... Secondé par une fatale adresse et plus encore par un instrument que j’ai imaginé, je trichais journellement au jeu.

—Comment! vous, Zilberman? fis-je en retirant vivement ma main de la sienne.

—Oui, moi, répondit le moribond, qui d’un regard suppliant sembla me demander grâce;...