La fatuité m’empêchait d’y songer; je croyais à la sincérité des éloges que l’on me prodiguait, et moi, l’homme sérieux, le docteur en renom, j’étais fier de ces futiles succès.
Pinetti, loin de se montrer jaloux de mes triomphes, témoigna le désir de me connaître, et il vint lui-même me trouver.
Il pouvait avoir alors quarante-six ans, mais les apprêts d’une toilette recherchée le faisaient paraître beaucoup plus jeune. Sans avoir les traits fins et réguliers, il possédait une certaine distinction dans la physionomie; ses manières étaient excellentes. Cependant, par un travers d’esprit qu’on ne saurait expliquer, il avait le mauvais goût de porter au théâtre un brillant costume de général, sur lequel s’étalaient de nombreuses décorations.
Cette bizarrerie, qui rappelait trop le charlatan, aurait dû peut-être m’éclairer sur la valeur morale de l’homme; mais ma passion pour l’escamotage me rendit aveugle; nous nous abordâmes comme de vieux amis, et notre intimité fut en quelque sorte instantanée.
Pinetti se montra charmant, causa avec moi de ses secrets, sans y mettre la moindre réticence, et m’offrit même de me conduire au théâtre, pour me montrer les dispositions scéniques de sa séance.
J’acceptai avec le plus grand empressement, et nous montâmes dans son riche équipage.
Dès ce moment, le chevalier affecta avec moi la plus grande familiarité. De la part d’un autre, cela m’eût blessé, ou tout au moins eût excité ma défiance, et je me serais tenu sur la réserve. J’en fus, au contraire, enchanté, car Pinetti avait, par son luxe effréné, conquis une telle considération, qu’un grand nombre de jeunes gens des plus nobles de la ville s’honoraient de son amitié. Pouvais-je me montrer plus fier que ces messieurs?
En peu de jours, nous étions devenus deux amis inséparables. Nous ne nous quittions que pour le temps de nos représentations respectives.
Un soir, après l’une de ces séances intimes, dans laquelle j’avais été couvert d’applaudissements, la tête encore échauffée de ce triomphe, j’allai, comme d’habitude, souper chez Pinetti. Par extraordinaire, je le trouvai seul.
En me voyant entrer, le chevalier accourut au devant de moi, m’embrassa avec effusion et demanda des nouvelles de ma soirée. Je ne lui cachai pas mon succès.