Nous eûmes bientôt arrêté le programme, puis nous passâmes à la rédaction de l’affiche, en tête de laquelle j’écrivis avec une profonde émotion:

AUJOURD’HUI 20 AOUT 1796
REPRÉSENTATION EXTRAORDINAIRE
AU BÉNÉFICE DES PAUVRES DE LA VILLE DE NAPLES.
SÉANCE DE MAGIE
PAR M. LE COMTE DE GRISY

Suivait l’énumération des expériences que je devais présenter.

Comme nous terminions, les habitués de la maison de Pinetti entrèrent en alléguant quelques excuses, plus ou moins spécieuses, pour justifier leur retard.

Leur tardive arrivée ne m’inspira aucun soupçon, car on entrait chez Pinetti à toute heure de la nuit, sa porte n’étant fermée que depuis la pointe du jour jusqu’à deux heures de l’après-midi, temps qu’il consacrait au sommeil et à sa toilette.

Dès que les nouveaux venus eurent connaissance de ma résolution, il m’en félicitèrent bruyamment et me promirent de m’appuyer de leurs chauds applaudissements. Mais ce concours sera superflu, ajoutèrent-ils, en raison de l’enthousiasme que doit indubitablement exciter votre représentation.

Pinetti remit à l’un de ses domestiques l’affiche, en lui donnant l’ordre de recommander à l’imprimeur de la faire placarder par toute la ville avant le jour.

Un pressentiment me fit faire un geste pour reprendre le papier, mais Pinetti m’arrêta en riant:

—Allons, cher ami, me dit-il, ne cherchez pas à fuir un bonheur assuré, et demain à pareille heure nous célébrerons tous ici votre triomphe.

La galerie fit chorus et, par anticipation, on but, en l’honneur de mes prochains succès, quelques verres de champagne qui achevèrent de dissiper mes hésitations et mes scrupules.