—Voici une belle et excellente montre, me dit le marchand; le cardinal auquel elle appartient lui attribue une valeur de plus de dix mille francs, parce que, pense-t-il, commandée par lui au célèbre Bréguet, cette pièce est unique dans son genre. Pourtant, chose bizarre! il y a deux jours, un jeune fou de notre ville est venu me proposer pour mille francs une montre du même artiste, exactement semblable à celle-ci.

Pendant que l’horloger me parlait, j’avais déjà conçu un projet pour ma séance.

—Pensez-vous, lui dis-je, que, cette personne soit toujours dans l’intention de se défaire de sa montre?

—Certainement, répondit l’artiste. Ce jeune prodigue, qui a déjà dissipé son patrimoine, en est réduit maintenant à se défaire de ses bijoux de famille; les mille francs seront donc fort bien venus.

—Mais où trouver ce jeune homme?

—Rien de plus facile; dans une maison de jeu qu’il ne quitte plus.

—Hé bien! monsieur, je désire posséder cette montre, mais il me la faut aujourd’hui même. Veuillez donc l’acheter pour mon compte; après quoi, vous y ferez graver les armes de Son Eminence, de manière que les deux bijoux soient parfaitement identiques, et je m’en rapporte à votre loyauté pour le bénéfice que vous voudrez tirer de cette négociation.

L’horloger me connaissait et se doutait bien de l’usage que je voulais faire de la montre; mais il devait être assuré de ma discrétion, puisque l’honneur de ma réussite en dépendait.

D’après l’empressement qu’il mit, je vis que l’affaire lui convenait.

—Je ne vous demande qu’un quart d’heure à peine, me dit-il, la maison où je me rends est voisine de la mienne, et j’ai la conviction que ma proposition sera facilement acceptée.