Un quart d’heure ne s’était pas écoulé, que je vis mon négociateur arriver, le chronomètre à la main.
—Le voici, me dit-il d’un air triomphant. Mon homme m’a reçu comme un envoyé de la providence des joueurs, et sans même compter la somme que je lui remettais, il s’est dessaisi de son bijou; ce soir, tout sera terminé.
En effet, dans la soirée, l’horloger m’apporta les deux montres et m’en remit une. En les comparant l’une à l’autre, il était impossible d’y trouver la moindre différence.
Cela me coûta cher, mais j’étais sûr maintenant d’exécuter un tour qui ne manquerait pas de produire le plus grand effet.
Le lendemain, je me rendis au palais pontifical, et, à six heures, au signal que m’en fit donner le Saint-Père, j’entrai en scène.
Jamais je n’avais paru devant une assemblée aussi imposante.
Pie VII, assis dans un large fauteuil qu’on avait placé sur une estrade, occupait la première place; près de lui siégeaient les cardinaux, et derrière se tenaient différents prélats et dignitaires de l’Eglise.
La physionomie du pape respirait la bienveillance, et ce fut heureux pour moi, car il ne fallait rien moins que la vue de cette figure, souriante et douce, pour chasser de mon esprit une fâcheuse idée qui me tourmentait singulièrement depuis quelques instants.
Cette séance, me disais-je, ne serait-elle pas un interrogatoire dissimulé, pour me faire avouer des rapports avec les pouvoirs infernaux? Le greffier du Saint-Office ne serait-il pas là prêt à sténographier mes paroles, et la prison perpétuelle du comte de Cagliostro ne me serait-elle pas réservée en punition de mes innocents prestiges?
Ma raison repoussa bientôt une semblable absurdité. Il était peu probable que Sa Sainteté se prêtât à un piége aussi indigne.