Bien que mes craintes eussent été entièrement dissipées par ce simple raisonnement, mon exorde se ressentit néanmoins de cette première impression; il semblait être prononcé plutôt en vue d’une justification que comme une introduction à ma séance:

—Saint-Père, dis-je en m’inclinant respectueusement, je viens vous présenter des expériences auxquelles on a donné, bien à tort, le nom de magie blanche. Ce titre a été inventé par le charlatanisme pour frapper l’esprit de la multitude; mais il ne représente en réalité qu’une réunion de tours d’adresse destinés à récréer l’imagination par d’ingénieux artifices.

Satisfait de la bonne impression qu’avait produite mon petit discours, je commençai gaiement ma séance.

Je ne saurais vous dire, mon enfant, tout le plaisir que j’éprouvai dans cette soirée. Les spectateurs semblaient prendre un intérêt si vif à tout ce qu’ils voyaient, que je me sentais une verve inusitée; jamais je n’avais encore rencontré un public aussi disposé à l’admiration. Le pape lui-même était dans le ravissement.

—Mais, monsieur le comte, me disait-il à chaque instant, avec une naïveté charmante, comment pouvez-vous faire cela? Je finirai par devenir malade à force de chercher à approfondir vos mystères.

Après le coup de piquet de l’aveugle, qui avait littéralement étourdi l’assemblée, je fis celui de l’écriture brûlée, auquel je dus un autographe que je regarde comme le plus précieux de mes souvenirs.

Voici sommairement le détail de ce tour:

On fait écrire une phrase ou deux par un spectateur; on lui dit ensuite de brûler le billet, et celui-ci doit se retrouver intact sous un pli cacheté.

Je priai le Saint-Père de vouloir bien écrire lui-même quelques mots; il y consentit et traça cette phrase:

«Je me plais à reconnaître que Monsieur le comte de Grisy est un aimable sorcier.»