Le papier fut brûlé, et rien ne saurait rendre l’étonnement de Pie VII, lorsqu’il le retrouva intact au milieu d’un grand nombre d’enveloppes cachetées.

Je reçus du Saint-Père l’autorisation de conserver cet autographe.

Pour terminer ma séance, et comme bouquet, je passai au fameux tour que j’avais intenté pour la circonstance.

Ici j’allais rencontrer plusieurs difficultés. La plus grande était, sans contredit, d’amener le cardinal de *** à me confier sa montre et cela sans lui en faire directement la demande. Pour y parvenir je fus obligé d’avoir recours à la ruse.

A ma prière, plusieurs montres m’avaient été remises, mais je les avais successivement rendues sous le prétexte plus ou moins vrai, que, n’offrant rien de particulier dans la forme, il serait difficile de faire constater l’identité de celle que je choisirais.

—Si parmi vous, Messieurs, ajoutai-je, quelqu’un possédais une montre un peu grosse (celle du cardinal présentait précisément cette particularité) et qu’il voulut bien me la remettre, je l’accepterais volontiers comme plus convenable à l’expérience. Je n’ai pas besoin d’ajouter que j’en aurai le plus grand soin. Je ne veux que prouver sa supériorité, si elle est excellente, et, dans le cas contraire, la faire arriver à sa plus grande perfection.

Tous les yeux se portèrent naturellement sur le Cardinal, qui, on le savait, attachait une grande importance à l’épaisseur exagérée de son chronomètre. Il prétendait, avec quelque raison peut-être, que les pièces y trouvaient une plus grande liberté d’action. Toutefois, il hésitait à me confier un instrument si précieux, lorsque Pie VII lui dit:

—Cardinal, je crois que votre montre doit parfaitement convenir; faites-moi le plaisir de la remettre à M. de Grisy.

Son Eminence se rendit au désir du Saint-Père, non sans de minutieuses précautions.

Une fois le chronomètre entre mes mains, j’affectai, tout en admirant sa belle forme et la gravure de sa boîte, de le faire passer sous les yeux du pape et des personnes qui l’entouraient.