—Votre montre est-elle à répétition, demandai-je ensuite au cardinal?

—Non, Monsieur, c’est un chronomètre, et l’on n’a pas l’habitude de surcharger les pièces de précision de rouages inutiles à leurs fonctions.

—Ah! c’est un chronomètre; alors il est anglais, dis-je avec une apparente simplicité.

—Comment! répliqua le cardinal, visiblement piqué; vous pensez, Monsieur, qu’il n’y a de chronomètres qu’en Angleterre, tandis qu’au contraire la France a toujours été le pays où se sont exécutées les plus belles pièces d’horlogerie de précision. Quel nom anglais peut-on opposer à ceux de Pierre Leroy, de Ferdinand Berthoud et de Bréguet surtout, de qui je tiens cette montre?

Le pape se mit à sourire du style emphatique du cardinal.

—C’est donc ce chronomètre que l’on choisit, repris-je en mettant un terme à l’incident que je venais de provoquer à dessein. Vous savez, Messieurs, ajoutai-je, qu’il s’agit maintenant de vous en faire apprécier la qualité et surtout la solidité. Voyons une première épreuve.

Je tenais la montre à la hauteur de ma figure, je la laissai tomber sur le parquet. Un cri d’effroi s’éleva de toutes parts.

Le cardinal, pâle et tremblant, se leva: Monsieur, me dit-il avec une colère mal comprimée, ce que vous faites là est une bien mauvaise plaisanterie.

—Mais, Monseigneur, dis-je avec le plus grand calme, il n’y a pas la moindre inquiétude à avoir; je veux seulement prouver à l’assemblée la perfection de cette pièce et montrer à messieurs les Anglais qu’il leur serait impossible d’en fournir une semblable. Soyez, je vous prie, sans crainte; elle sortira intacte des épreuves auxquelles je la soumets. En même temps, j’appuyai le pied sur la boîte qui, criant sous le poids de mon corps, se brisa, s’aplatit et ne présenta plus qu’une masse informe.

Pour le coup, je crus que Monseigneur allait se trouver mal; il retenait avec peine les éclats de son mécontentement. Le pape alors se tourna vers lui: