Le petit temple du sud a été dédié à Hathôr, et construit par le Pharaon Nectanèbe, le dernier des rois de race égyptienne, détrôné par la seconde invasion des Perses. La grande galerie, ou portique couvert qui, de ce joli petit édifice, conduit au grand temple, est de l'époque des empereurs; ce qu'il y a de sculpté l'a été sous les règnes d'Auguste, de Tibère et de Claude.
Le premier pylône est du temps de Ptolémée Philométor, qui a encastré dans ce pylône un propylon dédié à Isis par le Pharaon Nectanèbe, et l'existence de ce propylon prouve qu'avant le grand temple d'Isis actuel il en existait déjà un autre sur le même emplacement, lequel aura été détruit par les Perses de Darius Ochus. Cela explique les débris de sculpture plus anciens employés dans les colonnes du pronaos actuel du grand temple.
C'est Ptolémée Philadelphe qui a construit le sanctuaire et les salles adjacentes de ce monument. Le pronaos est d'Évergète II, et le second pylône, de Ptolémée Philométor. Les sculptures et bas-reliefs extérieurs de tout l'édifice ont été exécutés sous Auguste et Tibère.
Entre les deux pylônes du grand temple d'Isis, il existe à droite et à gauche deux beaux édifices d'un genre particulier. Celui de gauche est un temple périptère, dédié à Hathôr et à la délivrance d'Isis qui vient d'enfanter Horus. La plus ancienne partie de ce temple est de Ptolémée Épiphane ou de son fils Évergète II. Les bas-reliefs extérieurs sont du règne d'Auguste et de Tibère. C'est Évergète II qui se donne les honneurs de la construction de ce temple, dans les longues dédicaces de la frise extérieure.
Le même roi s'est aussi emparé, par une inscription semblable, de l'édifice de droite, qui, presque tout entier, est de son frère Philométor, à l'exception d'une salle sculptée sous Tibère.
J'ai donné une journée presque entière à une petite île voisine de Philae, l'île de Béghé, où la Commission d'Égypte indiquait le reste d'un petit édifice égyptien. J'y ai, en effet, trouvé quelques colonnes d'un tout petit temple de très-mauvais travail et de l'époque de Philométor. Mais des inscriptions m'apprirent que j'étais dans l'île de Snem, nom de localité que j'avais rencontré souvent, depuis Ombos jusqu'à Dakké, dans les légendes des dieux, et surtout dans celles du dieu Chnouphis et de la déesse Hathôr. C'était là un des lieux les plus saints de l'Égypte, et une île sacrée, but de pèlerinages longtemps avant sa voisine l'île de Philae, qui se nommait Manlak en langue égyptienne. C'est de là qu'est venu le copte Pilach, l'arabe Bilaq, et le grec Philai, sans que, dans tout cela, il soit le moins du monde question de fil (l'éléphant), comme l'ont prétendu de soi-disant étymologistes.
Le temple de Snem (Béghé) était en effet dédié à Chnouphis et à la déesse Hathôr, et le monument actuel était encore la seconde édition d'un temple bien plus ancien et plus étendu, bâti sous le règne du Pharaon Aménophis II, successeur de Moeris. J'ai retrouvé les débris de ce temple, et les restes d'une statue colossale du même Pharaon, qui décorait un des pylônes de l'ancien édifice. J'ai recueilli dans cette île, en courant ses rochers de granit rose, une vingtaine d'inscriptions, toutes des temps pharaoniques, attestant des visites et des actes d'adoration faits dans l'île sainte de Snem par de grands personnages de la vieille Égypte, et entre autres: 1° un proscynéma d'un basilicogrammate commandant les troupes, sous le Pharaon Aménophis III (Memnon), grammate nommé Aménémoph; 2° une inscription attestant le pèlerinage d'un grand-prêtre d'Ammon, prince de la famille de Rhamsès; 3° celui d'un prince éthiopien nommé Mémosis, sous le Pharaon Aménophis III; 4° celui du prince éthiopien Messi, sous Rhamsès le Grand; 5° celui d'un grand-prêtre d'Anouké, nommé Aménothph; 6° un proscynéma conçu en ces termes: «Je suis venu vers vous, moi votre serviteur, vous tous, grands dieux, qui résidez dans Snem! accordez-moi tous les bienfaits qui sont en vos mains, (à moi) l'intendant des terres du roi seigneur du monde Aménophis (III), AMOSIS;» cet Amosis est représenté à côté de l'inscription, levant ses mains en attitude d'adoration; 7° enfin, vers le haut d'une montagne de grands rochers de granit, j'ai copié une belle inscription attestant que l'an XXX, l'an XXXIV et l'an XXXIX du règne de Rhamsès le Grand (Sésostris), un des princes ses enfants a assisté à la panégyrie de Snem, et l'a célébrée par des sacrifices. Je ne parle point de plusieurs inscriptions purement onomastiques, et de quelques autres qui, ne contenant que les légendes royales, sculptées en grand, des Pharaons Psammétichus Ier, Psammétichus II, Apriès et Amasis, semblent avoir eu pour motif de rappeler soit le passage de ces Pharaons dans l'île de Snem, soit même de grands travaux d'exploitation dans les montagnes granitiques de cette île, où le granit est de toute beauté.
Avant de quitter Philae, j'allai, avec MM. Duchesne, Lhôte, Lehoux et Bertin, faire une partie de plaisir à la cataracte, où nous prîmes un modeste repas, assis à l'ombre d'un santh (mimosa fort épineux), le seul arbre du lieu, en face des brisants du Nil, dont le bruissement me rappela nos torrents des Alpes. Au retour, je me fis débarquer en face de Philaee, sur la rive droite du fleuve, pour aller à la chasse des inscriptions dans les rochers de granit qui la couvrent, et du nombre desquels est le roc taillé en forme de siège et qu'un de nos doctes amis, M. Letronne, a cru pouvoir être l'Abaton nommé dans les inscriptions grecques de l'obélisque de Philae. Ce n'est cependant qu'un rocher comme un autre, avec cette différence qu'il est chargé d'inscriptions fort curieuses, mais qui n'ont aucun rapport avec les dieux de Philae; les plus remarquables de ces inscriptions sont les suivantes:
1º Une stèle sculptée sur le roc, mais à demi effacée, monument qui rappelle une victoire remportée sur les Libyens par le Pharaon Thouthmosis IV, l'an septième de son règne, le 8 du mois de Phaménoth;
2° Une stèle de son successeur Aménophis III (Memmon), assez bien conservée, de quatorze lignes, rappelant que ce Pharaon, venant de soumettre les Éthiopiens, l'an cinquième de son règne, a passé dans ce lieu et y a tenu une panégyrie (assemblée religieuse);