Le roi Rhamsès, père de Sésostris, est assis sur son trône dans un naos, et son fils, en costume de prince, lui présente un groupe de prisonniers arabes asiatiques. Plus loin, le Pharaon est représenté comme vainqueur, frappant lui-même un homme de cette nation, en même temps que le prince (Sésostris) lui présente les chefs militaires et une foule de prisonniers. Le roi, sur son char, poursuit les Arabes, et son fils frappe de sa hache les portes d'une ville assiégée; le roi foule aux pieds les Arabes vaincus, dont une longue file lui est amenée en état de captifs par le prince son fils: tels sont les tableaux historiques décorant la paroi de gauche de ce qui formait la salle principale du monument, en supposant que cette portion du spéos ait jamais été couverte.

La paroi de droite présente les détails de la campagne contre les Éthiopiens, les Bischari et des nègres. Dans le premier tableau, d'une grande étendue, on voit les Barbares en pleine déroute, se réfugiant dans leurs forêts, sur les montagnes, ou dans des marécages; le second tableau, qui couvre le reste de cette paroi, représente le roi assis dans un naos et accueillant, avec un geste de la main, son fils aîné (Sésostris), qui lui présente, 1° un prince éthiopien nommé Aménémoph, fils de Poeri, soutenu par deux de ses enfants, dont l'un lui offre une coupe, comme pour lui donner la force d'arriver au pied du trône du père de son vainqueur; 2° des chefs militaires égyptiens; 3° des tables et des buffets couverts de chaînes d'or et avec elles des peaux de panthère; des sachets renfermant de l'or en poudre; des troncs de bois d'ébène; des dents d'éléphant; des plumes d'autruche; des faisceaux d'arcs et de flèches; des meubles précieux; et toutes sortes de butin pris sur l'ennemi ou imposé par la conquête; 4° à la suite de ces richesses, marchent quelques Bischari prisonniers, hommes et femmes, l'une de celles-ci portant deux enfants sur ses épaules et dans une espèce de couffe; suivent des individus conduisant au roi des animaux vivants, les plus curieux de l'intérieur de l'Afrique, le lion, les panthères, l'autruche, des singes et la girafe, parfaitement dessinés, etc., etc. On reconnaîtra là, j'espère, la campagne de Sésostris contre les Éthiopiens, lesquels il força, selon Diodore de Sicile encore, de payer à l'Égypte un tribut annuel en or, en ébène et en dents d'éléphant.

Les autres sculptures du spéos sont toutes religieuses. Ce monument était consacré au grand dieu Ammon-Ra et à sa forme secondaire Chnouphis. Le premier de ces dieux déclare plusieurs fois, dans ses légendes, avoir donné toutes les mers et toutes les terres existantes à son fils chéri «le Seigneur du monde (Soleil gardien de justice) Rhamsès (II).» Dans le sanctuaire, ce Pharaon est représenté suçant le lait des déesses Anouké et Isis. «Moi qui suis ta mère, la dame d'Éléphantine, dit la première, je te reçois sur mes genoux, et te présente mon sein pour que tu y prennes ta nourriture, ô Rhamsès!» «Et moi, ta mère Isis, dit l'autre, moi, la dame de Nubie, je t'accorde les périodes des panégyries (celles de trente ans) que tu suces avec mon lait, et qui s'écouleront en une vie pure.» J'ai fait copier ces deux tableaux, ainsi que plusieurs autres, parmi lesquels deux bas-reliefs montrant le Pharaon vainqueur des peuples du Midi et des peuples du Nord. Il ne faut pas oublier que les Égyptiens appelaient les Syriens, les Assyriens, les Ioniens et les Grecs, peuples septentrionaux.

Je dis adieu à ce monument de Bet-Oualli avec quelque peine; car c'était le dernier de la belle époque et d'une bonne sculpture que je dusse rencontrer entre Kalabschi et Thèbes.

Le 31, au coucher du soleil, nous étions à Kardâssi ou Kortha, où j'allai visiter les restes d'un petit temple d'Isis, dénué de sculpture, à l'exception d'un bas-relief sur un fût de colonne. J'avais vu, deux heures auparavant, les temples de Tafah (l'ancienne Taphis), également sans sculptures ni inscriptions hiéroglyphiques; mais on juge facilement, à leur genre d'architecture, qu'ils appartiennent au temps de la domination romaine.

Le 1er février, nous vîmes venir à nous une cange avec pavillon autrichien: c'était du nouveau pour nous, et les conjectures de marcher; cependant, la barque avançait aussi vers nous, et je reconnus sur la proue M. Acerbi, consul général d'Autriche en Égypte, qui m'appelait et me saluait de la main. Nous arrêtâmes nos barques et passâmes quelques heures à causer de nos travaux avec cet excellent homme, publiciste et littérateur distingué, qui nous avait traités d'une manière si aimable pendant notre séjour à Alexandrie. Nous nous séparâmes, lui pour remonter jusqu'à la seconde cataracte, et moi pour rentrer en Égypte, avec promesse de nous rejoindre à Thèbes, qui est le Paris de l'Égypte et le rendez-vous des voyageurs, n'en déplaise à la grosse ville du Kaire et à la triste Alexandrie.

Vers deux heures après midi, nous étions à Déboud ou Déboudé: nous étant rendus au temple, en passant sous les trois petits propylons sans sculpture, je trouvai qu'il avait été bâti, en grande partie, par un roi éthiopien nommé Atharramon, et qui doit être le prédécesseur ou le successeur immédiat de l'Ergamènes de Dakké. Le temple, dédié à Ammon-Ra, seigneur de Tébot (Déboud), et à Hathôr, et subsidiairement à Osiris et à Isis, a été continué, mais non achevé, sous les empereurs Auguste et Tibère. Dans le sanctuaire, encore non sculpté, gisent les débris d'un mauvais naos monolithe, en granit rose, du temps des Ptolémées.

Notre travail étant terminé, nous rentrâmes dans nos barques, pressés de partir et de profiter du reste de la journée pour arriver à Philae, rentrer ainsi en Égypte, et dire adieu à cette pauvre Nubie, dont la sécheresse avait déjà lassé tous mes compagnons de voyage; d'ailleurs, en remettant le pied en Égypte, nous pouvions espérer de manger du pain un peu plus supportable que les maigres galettes azymes dont nous régalait journellement notre boulanger en chef, tout à fait à la hauteur du gargotier arabe qu'on nous donna au Kaire comme un cuisinier cordon-bleu.

C'est à neuf heures du soir que nous retouchâmes enfin la terre égyptienne, en abordant à l'île de Philae, rendant grâces à ses antiques divinités Osiris, Isis et Horus, de ce que la famine ne nous avait pas dévorés entre les deux cataractes.

Nous avons séjourné dans l'île sainte jusqu'au 7 février, terminant les travaux commencés au mois de décembre, et recueillant tous les tableaux mythologiques relatifs à l'histoire et aux attributions d'Isis et d'Osiris, les dieux principaux de Philae, bas-reliefs qui s'y trouvent en fort grand nombre. Je me contenterai de donner ici les époques des principaux édifices de cette île.